Biographies des héros spirituels de la terre de Géorgie, moniales, moines, ascètes, martyrs, clercs ou laïcs qui ont fait briller sur elle la Lumière du Christ!

mercredi 30 novembre 2016

MEGALOMARTYR MICHEL (MIKAEL-GOBRON) ET SES 133 SOLDATS(† 914)




Mémoire le 17/30 novembre

En l'an 914, un certain prince du nom de Michel (Mikael-Gobron) s'est distingué dans une bataille contre les envahisseurs arabes musulmans. Après avoir capturé la forteresse de Kvelistsikhe dans le sud de la Géorgie, les musulmans emmenèrent  en captivité ceux qui étaient restés en vie, et le prince Gobron était parmi eux. Profondément impressionné par le courage de ce soldat géorgien, l'émir Abu al-Qasim ordonna à son armée de le traiter avec respect.

Le roi Adarnerse envoya à Abou al-Qasim une grosse somme d'argent comme rançon pour son peuple, et certains furent libérés. Gobron, cependant, n'était pas parmi eux. Le prince géorgien savait clairement ce que l'avenir apporterait, et il se préparait à subir le martyre pour l'amour du Christ.

Les Sarrasins escortèrent Gobron et 133 soldats géorgiens vers leur exécution. Abou al-Qasim tenta le prince fidèle en lui offrant la gloire terrestre et l'honneur en échange de son renoncement à la foi chrétienne. Mais saint Gobron refusa fermement toutes ses offres. Ensuite, le furieux Abou al-Qasim ordonna qu'il soit amené dans la cour et montré à ses compatriotes vaincus d'un côté et la richesse promise de l'autre. Lorsque l'émir demanda habilement ce qu'il choisirait, Gobron répondit: "Je te l'ai dit dès le début même que je n'abandonnerai pas le Christ mon Seigneur!"

Ensuite, l'émir conçut une nouvelle épreuve plus cruelle: "Il ne connaît pas la douleur de la mort. Amenez-le à l'extérieur et exécutez tous les chrétiens vivants sous ses yeux! " ordonna-t-il.

Ils conduisirent le saint au milieu de ses frères et procédèrent à l'exécution de chacun d'entre eux. Le sang des morts jaillissait autour de Gobron dans tous les sens, et les corps flasques des martyrs s'effondraient à ses pieds, mais aucune de ces horreurs ne pouvait briser sa volonté.

Puis ils l'obligèrent à baisser la tête et brandissant leurs épées au-dessus de lui par deux fois. Le Prince Gobron traça une croix sur son front avec le sang et dit: "Je te rends grâces, Seigneur Jésus-Christ, que tu m'aies jugé digne, moi le plus méprisable et le chef des pécheurs, de donner ma vie par amour pour toi"

Encore une fois ils amenèrent saint Gobron devant l'émir. Pour la dernière fois Abou al-Qasim essaya de l'inciter à apostasier, mais le saint, dégoulinant de sang, déclara: «Fais comme tu le veux. Je suis chrétien et je n'abandonnerai jamais le Nom de mon Christ! "

Ayant perdu toute patience, Abou al-Qasim ordonna que la tête de saint Gobron soit coupée et jetée avec les autres corps mutilés. Puis, ils creusèrent trois grands trous, y jetèrent les reliques des martyrs, emplirent les trous avec de la terre, et interdirent à tous les chrétiens d'approcher cet endroit. La nuit, les tombes brillaient mêmement d'une lumière divine visible pour les croyants et les non-croyants.

En donnant leur vie pour le Christ, le valeureux prince Michel-Gobron et les 133 martyrs furent comptés parmi les saints de l'Eglise Apostolique Géorgienne. Le jour de leur commémoration fut fixé au 17 novembre, jour de leur martyre.

Comme un don de guérison qui coule d'une source de grâce, vêtu de la robe du martyre, le victorieux prince Michel et ses compagons d'arme étaient unis à Dieu. Couronnons avec des hymnes de louange celui qui a brillé sur sa nation comme le souverain de l'Eglise géorgienne!

Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006

mercredi 23 novembre 2016

MEGALOMARTYR CONSTANTIN-KAKHI († 852)




Mémoire le 10/23 novembre

Le 9ème siècle a été l'une des périodes les plus difficiles de l'histoire géorgienne. Les musulmans arabes ont fait des ravages dans toute la région de Kartli, convertissant de force à l'islam en nombre par le feu et l'épée. Beaucoup des plus démunis et de ceux qui étaient effrayés furent tentés de trahir la foi de leurs pères.

A cette époque, le prince Constantin aristocrate valeureux et fidèle, vivait dans Kartli. Il était le descendant des princes de Kakhétie, d'où son titre de "Kakhi."

Comme il sied à un croyant chrétien, saint Constantin se considérait comme le plus grand des pécheurs, et disait souvent: "Il ne peut y avoir de pardon de mes péchés, si ce n'est par l'effusion de mon sang pour l'amour de Celui qui a versé son sang innocent pour nous ! "

Lors d'un pèlerinage sur les lieux saints de Jérusalem, Constantin distribua des cadeaux généreux pour les églises, visita le désert de Jordanie, reçut des bénédictions des saints Pères, et revint dans sa patrie rempli de joie intérieure. Après cela, Constantin envoyait trente mille pièces d'argent à Jérusalem chaque année. Dans les années 853 à 854, lorsque les musulmans arabes envahirent la Géorgie sous le commandement de Buga-Turk, le prince Constantin âgé de 85 ans commandait l'armée de Kartli avec son fils Tarkhuj.

En dehors de la ville de Gori un combat inégal eut lieu entre les Arabes et les Géorgiens. Malgré leur résistance acharnée, les Géorgiens subirent une défaite, et Constantin et Tarkhuj furent emmenés en captivité.

Le captif Constantine-Kakhi fut envoyé à Samarra (une ville dans le centre de l'Irak) vers le calife  Ja'far al Mutawakkil(847-861). Ja'far était bien conscient de l'immense respect dont jouissait Constantin-Kakhi auprès des Géorgiens et de tout le peuple chrétien qui le connaissait. L'ayant reçu avec honneur, il proposa que Constantin renonce à la foi chrétienne et le menaça de mort en cas de refus.

Affermi par la Grâce divine, le courageux prince répondit sans peur: " Ton épée ne me fait pas peur. J'ai peur de celui qui peut détruire mon âme et mon corps et qui a le pouvoir de ressusciter et de tuer, car il est le vrai Dieu, le souverain tout-puissant, Maître du monde, et Père dans tous les siècles des siècles! "

Le calife furieux ordonna la décapitation de saint Constantin-Kakhi. S'inclinant sur ses genoux, le saint martyr éleva une dernière prière au Seigneur. Saint Constantin-Kakhi fut martyrisé le 10 Novembre 852, le jour où le mégalomartyr Georges est commémoré.

Le corps du saint martyr fut pendu à une haute colonne pour intimider les croyants chrétiens, mais après quelque temps, il fut enterré. Quelques années plus tard, un groupe de géorgiens fidèles fit la translation des saintes reliques de saint Constantin dans sa patrie et à les inhumèrent là-bas avec grand honneur. Durant ce même siècle, l'Église Orthodoxe Géorgienne compta le prince Constantin-Kakhi de Kartli parmi les saints.

Invincible chef Constantin, vaillant guerrier choisi du Christ, à toi qui as vaincu la puissance et le royaume des ténèbres et qui fus soumis à la torture terrestre, nous offrons des hymnes de louange pour ta victoire sur la terre: Réjouis-toi, ô saint martyr invincible!


Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006

Saint Mégalomartyr Georges (+303)



Mémoire le 10/23 novembre

Fêté par tout le monde chrétien, le mégalomartyr Georges fut mis à mort par l'empereur Dioclétien en l'an 303. Le saint martyr est légitimement considéré comme l'intercesseur de tous les chrétiens et le saint patron de beaucoup d'entre eux. Il jouit d'une grande vénération du peuple géorgien puisqu'il est considéré comme le protecteur particulier de sa nation.Des récits historiques décrivent souvent l'apparition de saint Georges parmi les soldats géorgiens lors de batailles.
La majorité des églises géorgiennes (et dans les villages plus spécialement) furent construites en son honneur, et ainsi, chaque jour il y a une fête du mégalomartyr Georges quelque part en Géorgie. Les diverses commémorations quotidiennes sont liées à une des églises érigées en son nom, ou à une icône, ou à un miracle particulier qu'il accomplit.
Le 10 novembre marque le jour où saint Georges fut torturé sur la roue. Selon la Tradition,ce jour de commémoration fut établi par sainte Nina égale-aux-apôtres, illuminatrice de la Géorgie. Sainte Nina était parente de saint Georges le Tropéophore. Elle le vénérait profondément, et elle enseigna au peuple qu'elle avait converti au christianisme, à le chérir comme son protecteur particulier.

Le sot empereur Dioclétien désirait ta mort, ô Georges qui endura de nombreuses tribulations, et comme un loup vorace, il était assoiffé de ton sang. C'est pourquoi il ordonna que tu sois torturé sur la roue d'un char à bœufs, et puni par de terribles tourments. Mais tu supportas tout avec l'aide du Seigneur, et avec grand amour, tu appelas triomphalement Dieu à ta rescousse. Alléluia!

Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006

jeudi 17 novembre 2016

SAINTS ET JUSTES JEAN (IOANE) , STEPHANE (STEPANE), ET ISAÏE, les Géorgiens



Mémoire le 4/17 novembre

Parmi la multitude de saints, nous nous souvenons de ces chrétiens qui ont consacré leur vie terrestre à la gloire de Dieu et au service des autres. En une seule vie ils ont accomplis tous les exploits spirituels des vénérables et pieux Pères, confesseurs et martyrs.

Parmi les saints canonisés par l'Eglise géorgienne, seulement quatre ont été appelés "Justes". Ce sont saint Elie (Ilia) Tchavtchavadzé, bien connu comme  "Père" et "roi sans couronne" de la nation géorgienne, et les saints Jean (Ioane), Stéphane (Stepane), et Isaïe les Géorgiens.

On croit que saints Jean, Stéphane, et Isaïe ont vécu à Jérusalem et ont gardé le tombeau de notre Seigneur. Il est probable que l'Église orthodoxe géorgienne a proclamé qu'ils méritaient un honneur exceptionnel, en reconnaissance de leur service dévoué au tombeau du Sauveur.

Pendant plusieurs siècles, l'Eglise géorgienne a glorifié les justes Jean, Stéphane et Isaïe et a demandé leur intercession devant le Seigneur.

 Saint et Justes, Jean, Stéphane, et Isaïe, les Géorgiens, priez Dieu pour nous!

Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006

mercredi 16 novembre 2016

VÉNÉRABLE NICOLAS ( NIKOLOZ), astre radieux des Géorgiens († 1308)



Mémoire le  3/16 Novembre

Saint Nicolas (Nikoloz) est l'auteur de nombreux offices religieux, mais peu d'autres choses sur sa vie sont connues. Il vécut dans la seconde moitié du 13ème siècle, et les dernières années de sa vie coïncident avec le règne du roi Vakhtang III (1298, 1302 - 1308), fils du saint roi Démètre le Dévoué.

Saint Nicolas fut l'un des plus grands hymnographes et une des plus grandes  figures spirituelles de son temps, mais peu de ses œuvres ont été conservées. Le Catholicos Antoine (Anton) écrivit que Nicolas composa de nombreux services et canons, dont un "Canon de supplication pour la pluie." Saint Nicolas enrichit également la littérature spirituelle de Géorgie par ses traductions. Les érudits et les historiens croient que, comme plus grand liturgiste de son temps, il lui fut probablement demandé de traduire beaucoup de prières et de services de grec en géorgien. Parmi eux, croient-ils, était le "Canon de la bénédiction de l'eau bénite."

Le célèbre historien du 19e siècle, Platon Ioseliani, écrit que d'autres services religieux de la plume de saint Nicolas sont inclus parmi les manuscrits du monastère d'Iviron sur le Mont Athos.

Saint Nicolas reposa paisiblement en Christ en l'an 1308.

Tu as glorifié la Très Sainte Trinité et imité les anges, et tu fus compté parmi les saints, ô Père trois fois béni Nicolas. Nous te louons et nous te glorifions, toi qui es le protecteur et le sauveur de ceux qui célèbrent ton saint nom!


Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006

dimanche 13 novembre 2016

LES CENT MILLE MARTYRS DE TBILISSI († 1227)



Mémoire 31 octobre /13 novembre

En 1227, le sultan Jalal al-Din de Khwarazm et son armée de Turkmènes attaquèrent la Géorgie. Le premier jour de la bataille, l'armée géorgienne repoussa valeureusement les envahisseurs, alors qu'ils approchaient de Tbilissi. Cette nuit-là, cependant, un groupe de Perses qui vivaient à Tbilissi ouvrirent secrètement les portes et firent entrer l'armée ennemie dans la ville.

Selon un manuscrit dans lequel ce jour le plus terrible de l'histoire géorgienne a été décrit: "Les mots sont impuissants à exprimer la destruction que l'ennemi infligea: arrachant les enfants au sein de leurs mères, ils frappaient leur tête contre le pont, en regardant leurs yeux sortir de leurs crânes... "

Une rivière de sang coulait à travers la ville. Les Turkmènes castrèrent les jeunes enfants, violèrent les femmes, et poignardèrent à mort les mères sur les corps sans vie de leurs enfants. La ville entière frémit au son des pleurs et des lamentations. Le fleuve et les rues de la ville étaient remplis de mort.

Le sultan ordonna que la coupole de la cathédrale de Sioni soit démontée et remplacée par son vil trône. Et à sa demande, les icônes de la Mère de Dieu et de notre Sauveur furent enlevées de la Cathédrale de Sioni et placées au centre du pont sur la rivière Mtkvari. Les envahisseurs poussèrent les gens sur le pont, leur ordonnant de le traverser et de cracher sur les saintes icônes. Ceux qui trahissaient la foi chrétienne et se moquaient des icônes eurent leur vie épargnée, tandis que les confesseurs orthodoxes étaient décapités.

Cent mille géorgiens sacrifièrent leurs vies pour vénérer les saintes icônes. Cent mille têtes coupées et des corps sans tête furent emportés par le courant sanglant sur la rivière Mtkvari.

Ô vous, milliers d'étoiles, peuple élu qui gardait l'Eglise géorgienne avec vos ailes d'or, intercédez sans cesse pour nous devant la Face de Dieu!

Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006






samedi 12 novembre 2016

Saint Iotam Zedgenidze ( 1465)


fêté le 30 octobre/ 12 novembre

En 1466, Giorgi VIII fut couronné roi à la tête du royaume uni de Géorgie. Rempli de vertus sans nombre, le vaillant guerrier et Roi craignant Dieu dédia les vingt années de son règne à un combat incessant pour la réunification de son pays. Il repoussait sans cesse les envahisseurs étrangers, surmontait les luttes intérieures et faisait face aux trahisons de certains de ses sujets.

Parmi les séparatistes, il y avait le dirigeant de Samtskhe, l'atabeg Qvarqvare Jakeli II ( 1451-1498). En 1465, le roi Giorgi mena ses troupes vers la Géorgie du sud pour attaquer l'atabeg rebelle.

Près du lac Paravani les traîtres envoyèrent des assassins dans le camp du roi. Parmi ceux qui servaient le monarque à la cour royale, vivait un certain Iotam Zedgenidze, homme profondément dévoué à son roi. Il entendit parler de la terrible conspiration et prévint le roi, mais le noble et courageux Giorgi ne crut pas qu'une aussi méprisable trahison pouvait être possible.

Désespéré de ne pouvoir convaincre le roi du danger réel et imminent, le dévoué Iotam lui dit alors: " Permettez-moi de passer cette nuit à votre place dans votre lit pour vous prouver la véracité de mes paroles."

Certain que son bien aimé courtisan se trompait et que son amour et son dévouement incommensurables étaient causes de ses soupçons, le roi Giorgi lui permit de passer la nuit dans le lit royal et il alla dormir ailleurs.

Le matin suivant il entra dans sa tente et trouva le bien aimé Iotam gisant dans une mare de sang. Immédiatement il se mit à pleurer amèrement son erreur. Il arrêta et fit exécuter les conspirateurs et il ensevelit son fidèle serviteur avec les grands honneurs dûs à son sacrifice.

L'église géorgienne inscrivit Iotam Zedgenidze parmi ses saints, à cause de sa dévotion pour le roi oint de Dieu.

Saint martyr Iotam couronné par Dieu, prie Dieu pour nous!


Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006

vendredi 11 novembre 2016

Saint Serapion de Zarzma




Commémoré le 29 octobre/ 11 novembre
Saint Sérapion de Zarzma était fils d’un aristocrate de Klarjeti célèbre pour sa richesse et ses bonnes actions. Sérapion avait deux frères. Tous trois étaient encore jeunes quand leur mère mourut. Leur père mourut peu après.
Depuis son enfance saint Sérapion désirait mener la vie d’ermite. Avec son plus jeune frère Jean partit pour le monastère de Parekhi où il demanda à être guidé spirituellement par le grand thaumaturge Michel de Parekhi, « père spirituel et maître des orphelins ».
Son frère aîné demeura à la maison, poursuivant la tradition familiale en étant bon avec les vagabonds et les pauvres.
St Michel perçut chez le jeune Sérapion un véritable zèle pour le ministère divin et il le bénit pour qu’il accède à la prêtrise.
Un jour, tandis qu’il priait, saint Michel eut la révélation dans une vision qui lui fit comprendre qu’il devait envoyer ses disciples Sérapion et Jean à Samtskhe pour y fonder un monastère.
Sérapion eut peur à la pensée de la grande responsabilité que cela représentait, mais il se soumit à la volonté de son père spirituel et il partit pour Samstkhe avec plusieurs compagnons. Il emporta avec lui l’icône miraculeuse de la Transfiguration de Notre Seigneur.
Les moines allèrent jusqu’au sommet d’une très haute montagne et ayant jeté un regard aux alentours, décidèrent de s’installer là et de commencer la construction d’un monastère. Mais bientôt les villageois chassèrent les moines et grâce à cela, les moines découvrirent l’endroit exact que saint Michel, leur bon berger, avait vu dans sa vision. En ces temps-là, un noble fidèle du nom de Georges Tchortchaneli gouvernait cette région montagneuse. Un jour tandis qu’il chassait, Georges vit de la fumée qui s’élevait de cette forêt dense et envoya un serviteur voir d’où elle venait. Il fut bientôt informé que deux moines remarquables s’étaient installés là. Il s’y rendit immédiatement, salua humblement les deux moines, vénéra l’icône miraculeuse et demanda la bénédiction des pères.
Empli de joie et inspiré par les paroles de Sérapion, le prince tomba à genoux devant lui et promis de l’aider à établir le nouveau monastère. Ayant donné cette terre et celle qui entourait le futur monastère, il fit présent aux moines d’un document qui attestait leur propriété de tout le territoire que les moines pourrait parcourir à pied en une journée. Il leur donna son serviteur pour les accompagner.
Les frères cheminèrent à pied à travers de denses forêts et des sentiers de roc. Deux habitants du lieu Ia le pieux et Garbaneli les accompagnaient. Mais tous les habitants du lieu ne reçurent pas les moines aussi : les habitants de Tsiskvili montrèrent leur hostilité et tentèrent de les arrêter.
Cette même nuit, un miracle survint. Un tremblement de terre fendit les rochers qui retenaient le lac Satakhve et celui-ci fut entièrement englouti. Il n’y eut que deux frères du village qui survécurent. Jusqu’à ce jour ce lieu est appelé « Zarzma » (le mot « Zari » est souvent employé pour décrire un événement tragique.)
Les moines cherchèrent un lieu convenable pour construire leur église. Saint Sérapion voulait la construire sur une haute colline, mais jean et les autres frères y étaient opposés. « Il n’est pas nécessaire, saint père, de construire en cet endroit » dirent-ils, « ce endroit est trop haut et trop froid et les frères ne sont vêtus que de haillons. »
Pour résoudre cette question, les saints pères remplirent deux lampades d’icônes avec une quantité égale d’huile. Sérapion plaça l’une d’elle au sommet de la colline, l’autre près d’un torrent sur le flanc sud de la colline et ils commencèrent à prier. Au lever du jour, la lampe de Sérapion était éteinte tandis que celle de Jean continua à brûler jusqu’à midi. Ils commencèrent donc à construire l’église à l’endroit choisi par Jean.
Les moines durent faire face à de nombreux obstacles dans la construction de leur église. L’endroit était couvert d’une forêt dense et les pierres nécessaires à la construction ne pouvaient être trouvées que dans la rivière. Suivant le conseil de Georges, ils récupérèrent les pierres d’une église qui avait été détruite par le tremblement de terre.
Après trois ans de construction, le monastère fut bâti et l’icône miraculeuse de la Transfiguration fut mise dans le sanctuaire de l’église. Les moines construisirent des cellules et saint Sérapion établit la règle du monastère.
Quand il fut près de la mort, Michel de Parekhi envoya deux de ses disciples vers Sérapion et Jean. Quand il sut que la construction du monastère était achevée, il se réjouit grandement et bénit son bienfaiteur Georges Tchortchaneli. Puis il prit une branche sèche de buis et la lui donna disant : « Mon fils, plante ceci près de l’église et s’il fleurit à nouveau, sache que c’est la volonté de Dieu que tu continues avec zèle l’œuvre commencée en Son Nom. » Peu après la branche fleurit et ce miracle devint connu d’une multitude. Et Georges devint moine.
Quand le bienheureux higoumène Sérapion sentit venir sa mort, il convoqua ses frères, leur fit ses adieux et nomma son successeur en la personne du hiéromoine Georges. Il fut enseveli avec grands honneurs sur le côté est de l’autel de l’église du monastère.



in 
Archpriest Zakaria Machitadze,

Lives of the Georgian Saints

St. Herman of Alaska Brotherhood, 2006

Version française Claude Lopez-Ginisty


jeudi 10 novembre 2016

SAINT NEOPHITE ( NEOPITE) HIEROMARTYR D'URBNISI (7ème siècle)


Mémoire 28 octobre/10 novembre

Le saint hiéromartyr Néophite (Neopite) d'Urbnisi est issu d'une lignée de Perses adorateurs du feu.

Au 7ème siècle, par ordre de l'émir sarrasin Moumni (Mou'min), le chef militaire Ahmad attaqua la Géorgie avec une armée énorme. Après dépassement de la partie centrale de Shida (intérieur) en Kartli, Ahmad envoya deux de ses commandants, Omar et Bouroul, à la capitale de Mtskheta. Au confluent des rivières Mtkvari et Aragvi, en face du village de Tsikhedidi dans la région rocheuse de Sarkineti, les envahisseurs découvrirent un groupe de grottes et décidèrent de les occuper. Ils essayèrent de traverser la Mtkvari mais en furent incapables.

Après avoir subi un revers, les ennemis demandèrent à leurs captifs ce qui se trouvait dans ces grottes. On leur dit que c'était le Monastère de Shio-Mgvime, où demeuraient les élus de Dieu, qui s'étaient privés de toute bénédiction terrestre.

Surpris de cette réponse, les commandants décidèrent de transmettre cette information à Ahmad. Puis, comme si elle était banale, Ahmad envoya Omar au monastère pour demander aux moines de prier pour lui et de se souvenir de lui sur la tombe de leur abbé, Saint-Shio. "Priez pour moi, ô esclaves de Dieu, et acceptez ces dons d'aloès et d'encens. Offrez-les comme un sacrifice à votre higoumène, "leur dit-il.

Approchant des grottes du monastère, Omar envoya un messager pour informer les moines qu'il venait eux dans la paix et apportant des dons. Se rapprochant des portes du monastère, le commandant vit une armée d'hôtes incorporels descendant des cieux et parmi eux un staretz, rayonnant d'une grande lumière.

Le comportement doux et modeste des moines laissa une grande impression sur Omar. Il comprit vite que les armées étranges qu'il avait vues sur les marches du monastère étaient des anges de Dieu et que le staretz était saint Shio de Mgvime, higoumène du monastère. Il raconta sa vision aux moines et  promit de revenir vers eux, de recevoir le sacrement du baptême, d'être tonsuré moine, et d'y rester pour participer à leurs saints labeurs.

Bientôt Omar abandonna tous ses biens, son rang militaire et sa richesse, et fut baptisé dans la foi chrétienne au monastère de Shio-Mgvime comme il l'avait promis. Deux de ses esclaves furent baptisés avec lui aussi. Omar reçut le nouveau nom de Néophite [Neopite], nouvellement planté) [1], et ses esclaves devinrent Christodule ([Kristodule], esclave du Christ) et Christophe, ([Kristepore] porteur du Christ).

Selon la volonté de Dieu, saint Néophite fut consacré évêque d'Urbnisi, et tous furent étonnés de sa sagesse et de sa fermeté. C'était un vrai père pour son troupeau: "Il a renforcé les faibles, guéri les malades, a relevé ceux qui étaient tombés, purifié les possédés, dirigés les égarés et recherché ceux qui périssaient, les protégeant et leur interdisant d'errer à nouveau."

Mais l'ennemi ne pouvait pas tolérer l'activité apostolique de celui qui était d'origine perse, et il convainquit les fidèles adorateurs du feu de tuer le berger chrétien.

Ainsi les incroyants tramèrent une embuscade et attaquèrent la cellule isolée de Néophite, puis le ligotèrent et commencèrent à se moquer, à le maudire, et à le mépriser. Ils savaient que saint Néophite avait envie de devenir comme le premier martyr saint Etienne, et ils complotèrent de le lapider.

Lorsque son temps de quitter ce monde fut arrivé, saint Néophite se tourna vers ses persécuteurs avec une voix douce, en disant: "Douce est la mort pour moi, ô incroyants! Qu'elle est douce pour moi. Je désire défaire le lien entre ma nature mortelle et immortelle... Avec mon propre sang, je confirme la Sainte Eglise, qui est fondée sur le Précieux Sang du Fils et Verbe de Dieu, que je prêche. Puisse que, ce qui a été prédestiné pour moi par la Providence de Dieu soit accompli, car Il m'a appelé à Sa Lumière depuis les profondeurs de l'impiété! "

Les païens furieux lapidèrent à mort le saint. Avec son dernier souffle le saint hiéromartyr Néophite s'écria: «"Seigneur Jésus-Christ reçois mon âme!"

Avec des hymnes, nous louons saint nouvellement planté au Jardin de Dieu, Néophite, qui a été rougi de son propre sang. Ô honorable Père, prie pour que Celui Qui t'a couronné, accorde une paix sans mélange à Sa sainte Eglise!


Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006

mercredi 9 novembre 2016

SAINT HIERARQUE ALEXANDRE, ÉVÊQUE DE GURIA ET SAMAGRELO († 1907)


Mémoire 27 Octobre /9 Novembre

Le saint hiérarque Alexandre (Alexi Okropiridzé dans le monde) naquit en 1824, dans le village de Disevi dans le district de Gori, dans la famille du prêtre du village. Ayant grandi autour de l'église, il reçut son éducation primaire à l'école théologique de Gori et poursuivit ensuite ses études au Séminaire de Tbilissi.

Après avoir terminé son cours d'étude au séminaire en 1845, il fut tonsuré moine au monastère de la Transfiguration de Tbilissi et on lui donna le nouveau nom d'Alexandre. De Tbilissi le jeune moine Alexandre se rendit à l'Académie théologique de Kazan pour poursuivre ses études. Il fut diplômé avec les honneurs et il retourna dans son pays natal.

Le hiéromoine Alexandre enseigna les Saintes Écritures, le latin, la théologie morale et l'archéologie au Séminaire de Tbilissi jusques au 27 juillet 1851. Puis, par ordre du Saint-Synode, il fut nommé doyen de la faculté de théologie d'Abkhazeti le 21 septembre 1851. Il fut également chargé de superviser la vie monastique dans le diocèse d'Abkhazeti et de superviser l'instruction à l'école théologique de Kutaisi.

Alexandre considéra qu'un élargissement du réseau des institutions théologiques était des plus essentiels pour le renforcement de la foi chrétienne dans son pays. Dès le début de ses travaux en Abkhazeti, il fit une énorme quantité d'efforts pour améliorer l'École de théologie d'Ilori à Otchamtchire. Au début, Alexandre agit actif en tant que pédagogue, puis à partir du 29 février 1856, comme archimandrite, et depuis le 4 mars 1862, en tant qu'évêque. Il était aussi aimé dans toute la société géorgienne qu'il l'était par la population locale, et plusieurs l'appelaient "le deuxième Apôtre d'Abkhazeti."

L'activité pastorale d'Alexandre coïncida avec une période difficile de l'histoire géorgienne. Les services divins n'étaient plus célébrées en langue géorgienne, et par conséquent beaucoup de gens commencèrent à s'éloigner de l'Église. Beaucoup d'églises et de monastères géorgiens, considérés comme des centres culturels et universitaires depuis les temps anciens, étaient désertés. La langue géorgienne n'était plus enseignée dans les écoles et les familles les plus pauvres ne pouvaient pas se permettre d'éduquer leurs enfants. Le savant et érudit évêque Alexandre considéra le renouveau de la vie spirituelle et de l'apprentissage, fermement enracinée dans la conscience nationale, comme le principal moyen par lequel revigorer l'esprit national et encourager les progrès culturels.

Les efforts d'Alexandre au nom de la relance des églises et des monastères en Abkhazeti sont, parmi ses nombreux travaux, les plus dignes de mention. Grâce à ses seuls efforts deux églises furent restaurées à Soukhoumi. En dehors de l'Abkhazeti, Alexandre restaura les magnifiques monastères de Shio-Mgvime, Zedazeni, Davit-Gareji et Shemokmedi. Il restaura l'église de Jvari, la cathédrale de Svetitskhoveli, l'église de Disevi, et beaucoup d'autres églises à Gouria-Samegrelo, Atchara et Imereti. Son attention spéciale fut consacrée au Monastère de Shio-Mgvime et de la région environnante, qui avait été dévastée par cette époque.

Grâce aux généreuses contributions financières de saint Alexandre, une école diocésaine pour femmes fut fondée à Tbilissi en 1878.

Par son initiative et ses contributions personnelles, un grand nombre de livres spirituels et historiques, des manuels et des recueils de cantiques sacrés furent publiés. Aucun projet agréable à Dieu ne fut entrepris sans le soutien d'Alexandre.

Saint Alexandre passa le reste de ses jours au monastère de Shio-Mgvime, qu'il avait lui-même restauré. Une seule fois - le 9 septembre 1907, le jour où son fils spirituel saint Ilia le Juste fut enterré - il sortit des murs du monastère. Alexandre âgé de 83 années survécut deux mois au grand fils de la Géorgie et s'endormit dans le Seigneur le 27 octobre de la même année. Saint-Alexandre est enterré au monastère de Shio-Mgvime.

Nous rendons hommage à tes saintes vertus et à tes labeurs spirituels, ô saint hiérarque Alexandre, et nous te prions de nous accorder ta protection devant Dieu!


Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006

mercredi 2 novembre 2016

Archimandrite Gabriel (Ourguébadzé) Fol-en-Christ





Archimandrite Gabriel (Ourguébadzé)
Fol-en-Christ
( Fête le 20 octobre/2 novembre)

L'Archimandrite Gabriel, né Goderdzi Ourguébadzé, est l'un des moines orthodoxes les plus renommés de Géorgie. Il est né de Vassili et Barbara Ourguébadzé le 26 Août 1929, à Tbilissi, en Géorgie. Il fut baptisé enfant à l'église de la sainte martyre Barbara, dans le  district de Navtlughi par l'ancienne "Sœur de la Miséricorde » Tamar Beguiashvili.
Le régime communiste était alors furieusement violent, la religion était persécutée, les églises étaient détruites et fermées, les gens innocents étaient assassinés et déportés.Goderdzi avait d'environ deux ans quand son père, BasileOurguébadzé, fut assassiné dans des circonstances incertaines. Après cela les membres de la famille l'appelèrentVasiko en l'honneur de son père.

Vasiko était un garçon extraordinaire, depuis son enfance, il était doté de la Grâce divine. Il avait l'habitude de construire de petites églises de cailloux et d'allumer des allumettes à l'intérieur. Barbara, sa mère (après le repos en Christ du Père Gabriel, sa mère entra au couvent de Samtavro comme moniale sous le nom d’Anna. Elle est enterrée à côté de son fils) avait peur que l'on voit les actions de son fils, car il n'était pas exclu que l'on puisse espionner leur famille qui élevait ce fils contre l'idéologie communiste.
Dans sa jeunesse, Vasiko se comportait bizarrement, il cessait souvent de jouer avec ses amis et préférait être seul et silencieux. Cependant, il avait encore un divertissement inhabituel : il avait l'habitude de prendre un petit bâton dans ses mains et de s'enfuir. Des oiseaux gazouillant se posaient sur lui, et le suivaient tout le long du chemin. Ceci surprenait tout le monde.
Vasiko était un enfant au cœur tendre. Il ne permettait pas de mettre un piège mortel pour les souris, il les prenait vivantes dans une cage et par la suite,  les libérait en dehors de la cour.
Il entra à l'école à l'âge de six ans. Il fut facile pour lui d'étudier la lecture, l'écriture et l'arithmétique, et il acquit beaucoup d'amour par sa gentillesse. Il avait sept ans lorsqu'il entendit le Nom de Dieu pour la première fois, ce qui eut un grand impact sur son esprit et  changea complètement sa vie ordinaire. Il ramassa bientôt de l'argent pour acheter l'Evangile. Ce fut le début de sa vie entièrement nouvelle. Depuis ce jour jusques à sa mort, le moine Gabriel fut rempli par une pensée et une dévotion : ne vivre que pour le Christ. Il faisait tout le temps la lecture de son Évangile et n'exprimait aucun intérêt pour quoi que ce soit d'autre; il passait peu de temps pour les leçons afin d'avoir plus de temps pour lire son Evangile. Avant d'aller au lit, il entrait dans sa chambre et priait pendant une longue période dans le coin des icônes. Quelques jours avant sa mort, le moine Gabriel s'est rappelé de la période de son enfance:
"J'étais assis sur le balcon, au deuxième étage, plongé dans mes pensées, quand une voix à l'intérieur de moi m'enjoignit de regarder le ciel. Je me suis levé, je suis venu au bord du balcon, j'ai levé les yeux et j'ai vu une grande croix érigée dans le ciel. Je ne savais pas alors, mais je sais maintenant que c'était ma croix à porter pour l'amour de Dieu et de mon peuple."
         Son seul autre souvenir se réfère à la même période de son enfance: "Alors que je dormais la nuit, je me suis soudain réveillé et j'ai vu un démon avec une figure terrible en face de moi. Il me regardait plein de rage. Grâce à la miséricorde de Dieu, je n'ai pas eu peur, mais j'ai été tendu. Cependant, je n'ai rien fait pour le chasser. J'ai simplement regardé avec surprise. Il rugissait vers moi - Tu te bats contre moi, n'est-ce pas?! Et il m'a frappé avec le poing. "
Lorsque Barbara entra dans la chambre, elle trouva son fils sans conscience. Mais Dieu sauva la vie de son élu.

        Le petit Vasiko eut encore un certain avantage de cet accident, ce que montre le moine Gabriel dans un de ses souvenirs: "En voyant le démon, ma foi dans le Christ est devenu plus forte et j'ai dit - si le démon existe, alors Dieu existe encore plus. En outre, j'appréciais la beauté des êtres humains. "

         Dieu dota le petit  Vasiko âgé de 12 ans de la puissance divine et de révélations à cause de son amour et de sa dévotion véritables.

* * *

        La moniale Pélagie (ancienne higoumène du couvent de la Sainte Vierge Marie de Gurjaani, du même âge que le moine Gabriel et sa voisine) se souvient: "Un jour d'été mon oncle est venu à la maison et a dit à haute voix pour que tout le monde entende -" Gloire à Jésus-Christ, notre Seigneur, il semble qu'il préserve ses élus sur la terre ". Sur la question - "Qu'est-il arrivé? Qu'est-ce qui te surprend?" Il a répondu en racontant l'étonnante histoire  suivante: "Je marchais vers la maison le long de la vieille route de sainte Barbara. Lorsque je me suis approché de l'église de Saint-Georges détruite, j'ai vu Goderdzi, le fils de Vasiko, nettoyant l'église des gros rochers sous le soleil brûlant. Etant plongé dans le travail, il ne m'a pas remarqué pendant un certain temps. Moi aussi, voyant cela, je ne dis rien, mais quand il m'a vu, il était heureux et il m'a dit - "Viens, oncle Moukha, si tu le peux, et soulève cela" - il montrait un gros rocher. Mon oncle était appelé Moukha (chêne) pour sa force et ses capacités de lutte, son vrai nom était Georges. Moukha continua - "J'ai bien essayé, mais je n'ai pas réussi à déplacer le rocher. Vasiko dit alors "Au Nom du Christ!", il l'a pris et l'a mis avec les autres rochers rassemblés par lui hors de l'église". Notre famille était religieuse, mais en raison du régime athée les membres de la famille n'assistaient pas aux offices religieux et ne jeûnaient pas. Cependant, mon oncle a commencé sa vie chrétienne à partir de ce jour-là.

         Au cours de la Seconde Guerre mondiale, les pauvres gens qui n'avaient pas d'informations de la ligne de front, avaient l'habitude de venir vers Vasiko pour obtenir des nouvelles de leurs proches. Le Père Gabriel, qui n'avait que douze, donnait alors des réponses à tous les visiteurs et prêchait - "Allez à l'église, n'abandonnez pas le Christ et ne perdez pas  le salut de vos âmes". Ses paroles se révélaient toujours vraies et les gens le respectaient beaucoup. Les capacités extraordinaires de Vasiko et sa clairvoyance apparente remettaient dans le cœur des gens la confiance en l'Eglise. Le petit Vasikon'acceptait pas la louange et l'honneur des hommes et lui-même s'humiliait d'une manière très étrange - il se mettait à la poubelle et répétait haut et fort "Rappelle-toi toujours Vasiko, que tu es une poubelle et ne pense jamais beaucoup de bien de toi-même". Les membres de la famille se mettaient en colère contre Vasiko à cause d'un tel comportement et le punissaient même, mais les gens évitaient de se moquer de lui et de l'insulter.

         Il est intéressant de mentionner ici un autre événement étonnant dans la jeunesse du moine Gabriel. Au cours des purges soviétiques et des persécutions, les gens cachaient les icônes dans les greniers ou dans d'autres cachettes. Beaucoup de gens devenaient moins fidèles et n'accordaient pas un juste respect aux choses sacrées. Le petit Vasiko avait l'habitude de venir vers de telles personnes et leur disait: "Vous avez une icône dans votre maison (il montrait du doigt exactement l'endroit). Vous devez soit lui accorder le respect qui lui est dû, ou me la donner. Je vais la garder. Plus tard, si vous la voulez à nouveau, venez à moi et je serai heureux de vous la rendre". Certains se sont repentis et ont gardé les icônes, d'autres, qui n'avaient pas cette intention, lui donnèrent leurs icônes. Tous ont été surpris par un tel comportement du petit garçon.Vasiko prenait soin des icônes avec un amour particulier. Finement et avec diligence les icônes existantes embellies dans son église et dans la cellule au couvent de Samtavroétonnent tout le monde. Ces belles icônes décorent presque tous les murs et le plafond, ce qui fait une impression inoubliable sur les pèlerins ou les invités. La vie idyllique du petit Vasiko ne dura pas longtemps. Sa mère, Barbara, était une honnête femme qui travaillait dur. Elle était belle dans sa jeunesse et elle se maria à l'âge précoce de quatorze ans. Du premier mariage elle eut trois enfants, Emma, Michael et Goderdzi-Vasiko. Puis, après la tragédie de la famille, lorsque son mari fut décédé, être une jeune femme de 22 ans s'est avéré être une situation désespérée. Elle n'avait personne pour l'aider, et elle devait travailler dur pour subvenir aux besoins de sa famille. De son second mariage, elle eut une fille - Juliette. Le moine Gabriel fut confronté à une première expérience sérieuse à l'âge de douze ans. Sa mère, bien qu'elle ne fût pas irréligieuse, ne permit pas à son fils de mener une vie religieuse. Au début, quand son fils exprima une passion inhabituelle pour la foi chrétienne, elle fut surprise. Mais quand elle fut témoin que la foi dans la vie de Vasiko prenait une forme profonde et établie, elle exigea catégoriquement que son fils renonce à son choix. "Ne te tourmente pas! Vis comme vivent les gens ordinaires! Sois religieux, mais pas au point de ne vouloir que le seul Evangile et la religion! ".

         Plusieurs années plus tard, quand sa mère et ses sœurs rendirent visite au moine Gabriel, qui était gravement malade et qui mourut un an après, Barbara, sanglotant et pleurant, implora son fils: "Quelle a été ta vie, Gabriel, des tortures et rien d'autre! Tu n'as pas eu d'enfance. Il aurait beaucoup mieux valu m'écouter et prendre bon soin de toi-même, tu étais un homme, n'est-ce pas?! "En voyant pleurer la mère avec des larmes dans ses yeux, Gabriel fut désolé, désolé pour sa mère, parce qu'elle ne le comprenait toujours pas, car elle participait aux épreuves qui accablaient son fils et ses larmes étaient causées par une douleur profonde. Après une courte pause, le Père Gabriel lui répondit d'une voix basse et chaleureuse: "Je ne pouvais pas mener une vie différente."
A l'âge de douze ans non plus, il ne pouvait mener une vie différente. En ce temps-là, entendant une fois de plus le refus de son fils, Barbara en colère jeta l'Evangile dans les toilettes. Vasiko l'en retira rapidement, et le mit contre sa poitrine et il pleura en geignant d'une voix plaintive. Ce fut le dernier moment, où Vasiko fut forcé de faire un choix dans sa vie. A minuit, Vasiko prit son Évangile et abandonna sa maison. C'était fin de l'automne. Il marcha jour et nuit et finalement atteignit la ville de Mtskheta. Tout d'abord, il vint au couvent de Samtavro. L'higoumène Anousia (Kochlamazashvili) le reçut avec amour, en lui donnant abri et nourriture. Mais elle ne pouvait pas le laisser là, car les hommes n'étaient pas autorisés à rester dans le couvent. Elle lui  offrit d'aller au  monastère de Svetitskhoveli (Pilier de vie). Vasiko pria de bon cœur en face de l'icône de la Mère de Dieu d’Iviron de Samtavro en demandant une cellule et le droit de vivre dans le monastère. Il passa 3 jours dans le monastère de Svetitskhoveli, mais le décret gouvernemental interdisait de donner abri aux adolescents pendant une longue période. Ensuite, il alla au monastère de Shio-Mghvime, où il fut accueilli pendant 3 jours et il fut ensuite accompagné au monastère de Zedazeni, où plusieurs moines d'un grand âge vivaient. Ils aimèrent tant ce jeune croyant qu'ils arrangèrent pour lui une cachette près du monastère, et l'y laissèrent pendant plusieurs semaines. En raison du contrôle strict de des responsables spécialisés dans l'application de la loi, les moines furent forcés d'envoyer ce fervent croyant au monastère de Béthanie. Ils lui expliquèrent en détail comment se rendre au monastère et lui donnèrent un peu de nourriture. A Béthanie, il fut accueilli par deux moines qui y vivaient - Père George (plus tard canonisé sous le nom de saint Georges-Jean Mkheidzé) et Père Jean (plus tard canonisé sous le nom de saint Jean Maisuradzé). Les moines de Bethanie devinrent les confesseurs très aimés de Gabriel. Après avoir quitté Béthanie, on ne sait rien sur son périple.

         Depuis quelque temps Vasiko était protégé par une femme bonne nommée Margo, qui vivait à Tbilissi et gagnait sa vie en disant la bonne aventure. Le petit Vasiko était désolé qu'une femme aussi bonne mène une vie fausse et vive dans le péché. Un jour, Margo tomba malade. Vasiko la calma et lui promis qu'il accepterait que les gens viennent à elle. Et, en effet, les personnes qui venaient à la diseuse de bonne aventure furent accueillies par le pieux enfant. Il prêcha l'amour de Dieu et essaya de les rendre conscients du besoin qu'il y a de mener la vie chrétienne. Dieu dota Vasiko de la faculté de prophétiser, et il parla avec les visiteurs de leurs dangers futurs et des péchés commis, dont ils ne se souvenaient pas du tout. Il leur a apprit à aller vers le prêtre pour la confession et pour recevoir une Sainte Communion. Les gens étaient étonnés par son comportement. Margo crut Vasiko, et cessa son activité de divination, et elle commença la vie chrétienne. Cela fit circuler de nombreuses rumeurs à Tbilissi ces années-là. La mère de Vasiko continuait à rechercher son fils tout ce temps, et finalement, elle trouva le lieu où il était: "S'il te plaît, reviens à la maison et vis comme tu le souhaites. Je ne vais pas empêcher ton choix", dit-elle à son fils, et elle fut très heureuse de le retrouver. Vasiko retourna ensuite à la maison. Depuis ce temps Barbara ne fut plus stricte avec son fils. Toutefois, maintes et maintes fois elle lui recommanda de mener une vie ordinaire, et de ne pas vivre seulement pour la foi.

         Vasiko, avait l'habitude, au moins une fois par mois d'aller à Béthanie et d'aider les moines âgés en y faisant un travail différent dans le monastère. À l'âge de 16 ans, il alla au monastère de Martkopi en pèlerinage. Au cours de ce voyage, il rencontra un honorable moine le Père Aitala, que Père Gabriel estimait beaucoup et il se souvenait toujours de lui avec beaucoup de respect et d'amour dans les années suivantes - "Un grand moine, doué de clairvoyance".

         Une histoire de plus doit être mentionnée ici dans la vie du Père Gabriel, à la même période: un jour, le gouvernement communiste décida de raser un parc public près de l'ancien cimetière de Vera, où les jeunes soldats géorgiens, tués dans la guerre pour l'indépendance de la Géorgie en 1921 avaient été enterrés. Le terrain fut nettoyé avec des bulldozers. Vasiko reçut cet acte brutal en plein cœur, de nuit il ramassa les os dans des sacs, et il les enterra à nouveau secrètement dans un endroit sûr.

En 1949, Vasiko fut appelé au service militaire dans l'armée soviétique. Il servit dans l'unité de garde-frontières de Batoumi. Malgré le régime strict, il réussit à jeûner et alla même secrètement à l'église Saint-Nicolas et y reçut les saints sacrements. Après avoir fini le service militaire obligatoire, Vasiko retourna à son domicile. Bientôt, il fut appelé à l'hôpital médical et fut interrogé au sujet de ses visions d'enfance, quand à l'âge de 12 ans, il avait vu l'esprit du mal. Après quelques jours il obtint un certificat, il fut reconnu mentalement malade et il lui fut interdit de travailler à un poste quelconque. Il reçut une pension de personne handicapée de catégorie II, ce qui était une grossière violation de la loi, parce que le patient de cette catégorie n'était pas soumis à la conscription dans les forces armées par la législation soviétique. Tout cela fut mené en accord avec la sécurité soviétique et l'idéologie du parti communiste, afin qu'une personne avec une telle conscience ne puisse pas constituer un danger pour le système communiste. A partir de ce moment-là,Vasiko continua sa vie spirituelle avec plus de dévotion. Dans la cour il construisit un logement de petite taille pour lui-même, où il vécut et mena ses activités spirituelles dans la paix et le calme. Il allait à la cathédrale de Sioni pour les prières et les sermons.
Bientôt Sa Béatitude Melchisédek III, Patriarche-Catholicos de Toute la Géorgie  tourna son attention vers le jeune croyant. Avec la bénédiction deMelchisédek III, Vasiko commença à travailler comme gardien à la Cathédrale de Sioni, et plus tard comme lecteur. En janvier 1955, il fut ordonné comme diacre, et le 23 février, il prononça les vœux monastiques au monastère de Kutaisi Motsameta et il fut appelé Gabriel, selon sa volonté. Trois jours après, il fut ordonné par l'évêque Gabriel  (Tchatchanidzéhiéromoine de l'éparchie de Kutaisi-Gaenati à la cathédrale des Saints Pierre et Paul. Depuis le jour où il prononça ses vœux monastiques, le moine Gabriel travailla dur avec un amour immense et  une pleine dévotion pour Dieu et le prochain. Avec la bénédiction de Melchisédek III, il  servit d'abord dans la cathédrale de Sioni, et depuis 1960 dans le monastère de Béthanie avec son bien-aimé Père spirituel Georges et le hiéromoine Basile (Pirtskhalava).

En 1962, après la mort du Père Jean, du père George et duhiéromoine Basile (Pirtskhalava) le gouvernement ferma le monastère de Béthanie. Le moine Gabriel revint à Tbilissi, et dans la cour de sa maison, il  construisit à lui seul une église avec sept coupoles. En 1962-1965 le moine Gabriel servit dans la cathédrale de la Trinité de Tous les Saints, et il eut une petite paroisse réunie autour de lui.
Il est assez difficile pour la génération contemporaine d'imaginer la capacité spirituelle inhabituelle d'un jeune moine, qui a adopté une mesure sans précédent et étonnante pendant le terrible régime communiste: il a brûlé un immense portrait de Lénine devant le Conseil des ministres lors de la manifestation du 1er mai 1965. Il a prêché avec audace au peuple épouvanté: " La gloire n'est pas nécessaire à ce mort, mais gloire au Christ, Qui a soumis la mort et nous a bénis avec une vie éternelle." Furieuse, la foule lui a jeté des pierres sans pitié. L'alarme de première catégorie (la plus élevée en Union soviétique) a été déclarée dans la ville, et seule l'intervention du célèbre haineux huitième régiment sauva la vie du moine Gabriel. A moitié vivant et gravement touché, le moine Gabriel ayant 17 fractures du crâne et d'autres parties du corps, fut transporté en isolation à l'hôpital du département de la sécurité. Il fut condamné à mort et l'enquête n'examina le cas que de manière formelle. Mais les autorités du régime communiste avaient un intérêt particulier dans ce cas : ils exigèrent du moine Gabriel qu'il avoue la conspiration présumée dans l'Église orthodoxe géorgienne, et en retour, ils promirent d'épargner à sa vie la peine de mort. Malgré de longues tortures, le moine Gabriel fut ferme. Au contraire, durant l'interrogatoire, il traita une fois de plus Lénine de  bête, et en conséquence il fut roué de coups une fois de plus. Ces nouvelles incroyables et sensationnelles furent répandues dans les médias de masse de l'Union européenne et des États-Unis. Un tel développement fut reflété dans la politique du Kremlin, et au lieu de la condamnation à mort, le moine  Gabriel fut amené à l'asile comme malade mental. Le gouvernement soviétique prévoyait de le garder à jamais à l'hôpital psycho neurologique. Mais Dieu préserva la vie de son élu d'un tel sort. Il est intéressant de lire un extrait du diagnostic médical:

*  *  *

Hôpital Psycho neurologique la ville de Tbilissi en République Socialiste Soviétique de Géorgie  19/1-1966, Tbilissi, 1 rue Electroni.
N ° 666
Patient: Vassili Ourguebadzé, né en 1929, éducation de 6è  classe. Adresse: 11 rue Tetritskaro.
Le patient est gardé dans l'hôpital psycho-neurologique de la ville le 18.VIII.1965, et il est amené de la prison pour un traitement forcé. Diagnostic: personne psychopathe, enclin à des atteintes de psychose schizophrénique. Il a été libéré de l'hôpital le 19/XI-65. Selon l'anamnèse (Ensemble des renseignements fournis au médecin par le malade ou par son entourage sur l'histoire d'une maladie ou les circonstances qui l'ont précédée/NdT), il eut une vision fantomatique de l'esprit du mal avec des cornes sur la tête à l'âge de 12 ans ... Le patient prouve que tout le mal qui se déroule dans le monde est dû au Diable. Dès l'âge de 12 ans, il a commencé à aller dans les églises, à prier, à acheter des icônes, et il a étudié la littérature d'Eglise... Il ne mangeait rien les mercredis et vendredis. Les adultes et les soldats riaient de cette absurdité: "Le mercredi Judas vendit le Christ pour 30 pièces d'argent, et le vendredi les prêtres juifs l'ont crucifié" : il  était dans un état de totale hallucination. Cela explique le fait que pour la manifestation du 1er mai 1965, il a brûlé un grand portrait de Lénine, accroché sur le bâtiment du Conseil des Ministres. Après interrogatoire, il a dit qu'il a fait cela parce que l'image de la Crucifixion du Christ devrait être accrochée là, et qu'il n'était pas possible d'idolâtrer un homme terrestre - le doute est apparu en ce qui concerne son état de santé psychique, en raison de laquelle il a été envoyé à l'expertise de psychopathie. L'examen a montré que l'équilibre du patient est désorienté dans l'espace, dans le temps, et dans l'environnement. Il se parle à lui-même à voix basse: il croit en l'existence de l'essence céleste, de Dieu et des anges, etc. Tout en parlant, l'axe principal d'un psychopathe est toujours tourné vers le fait que tout dépend de la volonté de Dieu, etc. Il est isolé des autres malades mentaux dans le département. Quand quelqu'un lui parle, il parle sûrement de Dieu, des anges, et des icônes, etc. Il est incapable de critiquer son état. Il a été traité avec la thérapie de l'aminazinophrazia et de la syptomicine, après quoi il est passé devant la commission.

Décret  N ° 42 / 1965
Président de la commission: le candidat de la médecine, médecin-chef T. Abramishvili,
Membres: J. Shalamberidzé et le médecin Kropov.

Il a été libéré de l'hôpital le 19 janvier1965 et a été pris à domicile par sa mère.
Médecin: Lezhava 19 Jan.1966.

*  *  *

         Une telle conclusion négative des médecins soviétiques prouve l'amour de Dieu de Père Gabriel. Il est surprenant que les fonctionnaires soviétiques aient écrit en guise de conclusion médicale, la description de Père de Gabriel concernant Dieu,  l'agréable vie vertueuse, qui fut suffisante pour les fonctionnaires du parti communiste pour le libérer et le congédier de l'hôpital psychiatrique. Lorsque que Dieu intervient dans les affaires humaines beaucoup de choses étonnantes se produisent!

         Le Père Gabriel fut libéré dans les sept mois après son emprisonnement. Le célèbre académicien géorgien A. Zurabashvili a largement contribué à sa libération. Après trois décennies, lorsque le moine Gabriel servait au couvent de Samtavro, lehiéromoine Gérasime, membre de la confrérie Saint Germain d'Alaska du plus grand monastère orthodoxe d'Amérique, lui a rendu visite. Plus tard, il a publié aux Etats-Unis le livre "Un Confesseur du Christ dans la Géorgie d'aujourd'hui". Le livre se termine par les paroles suivantes: "Père Gabriel nous bénit et nous partîmes, ayant assisté au triomphe de l'Église du Nouveau Testament à notre époque. "

         Malgré le fait que le sacerdoce du moine Gabriel ait été laissé intact, il fut suspendu du ministère sacerdotal. C'est pourquoi il assistait aux sermons à l'église avec la paroisse et recevait la Sainte Communion comme laïc. Il était convoqué au département de sécurité assez souvent, et rentrait chez lui battu sans pitié. Un jour, il fut battu très gravement, et il fut incapable de marcher de façon indépendante. Les agents de sécurité soviétiques, appelèrent alors les membres de la famille, et les informèrent de l'adresse où ils avaient laissé le moine.

         Depuis lors, le Père Gabriel décida de changer complètement son mode de vie, qui était trop pénible pour lui. Maintenant, il fut déterminé à faire semblant d'être comme les malades mentaux et à l'extérieur de refuser son mode de vie habituel. Au lieu d'être dans le silence, il prêchait bruyamment dans les rues. Si jusques à présent il avait complètement refusé de boire du vin, maintenant il buvait parmi les gens et faisait semblant d'être ivre. Prétendre être insensé est un exploit inhabituel qui exige une force spirituelle et un esprit divin. "Car la folie de Dieu est plus sage que les hommes, et la faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes (I Cor 1:25).

         La modestie du moine Gabriel était étonnante. Sa sœur aînée Mme Emma se souvient:
- Nous n'avons pas réussi à le comprendre. Il avait une âme raffinée depuis son enfance. Après avoir été consacré en tant que prêtre, les gens le respectaient beaucoup. Lorsque le moine Gabriel revenait à la maison, il entrait dans son église et pleurait souvent d'une voix plaintive. Un jour la porte de son église était ouverte et quand je l'ai entendu pleurer, je me suis inquiétée et, entrant dans l'église, je lui ai demandé: Vasiko, mon frère, pourquoi pleures-tu? Est ce que quelque chose qui te fait mal?
- Ma sœur, le Christ est  dans une mangeoire, mais les gens me respectent et me baisent la main.

        Malgré la modestie inhabituelle de Père Gabriel, de nombreuses personnalités laïques et de l'église se comportaient avec grand respect et révérence envers lui, en raison de sa grâce étonnante : l'amour, la bonté, la sagesse, la prophétie, la connaissance de quelques pensées secrètes des hommes, et la forte possession du temps, de l'espace, et de la matière.
Quatre ans avaient passé depuis que le moine Gabriel avait quitté la prison et l'asile. Les autorités communistes ne pouvaient pas supporter ses activités courageuses et sa religiosité. Il fut décidé de détruire son église, ce qui était une expression de la lutte intérieure du régime sanguinaire communiste envers le Père Gabriel. Cependant, il restaura son église trois fois. Finalement, le chef du département de la police soviétique, puis le secrétaire du comité du parti du district vinrent à lui secrètement pour demander personnellement pardon. Le Père Gabriel restaura l'église et la chapelle dans un court laps de temps, mais pas dans sa forme initiale. Au lieu de sept coupoles il mit une seule et grande coupole. À l'heure actuelle cette magnifique église est conservée dans le même état. En 1971, avec la bénédiction du Cathalicos-Patriarche de toute la Géorgie Ephrem II et du métropolite Ilia (maintenant Cathalicos-Patriarche de Géorgie, qui a ensuite dirigé le séminaire) il fut installé en tant que prêtre du couvent et séminaire de Samtavro. Il lui fut donné une vieille tour comme propriété permanente. Le Père Gabriel disait parfois avec une vraie joie: " Par la miséricorde de Notre Sauveur et de Notre-Dame et par la bénédiction de deux patriarches, j'ai reçu cette cellule".

De 1972 à 1990 Fr. Gabriel a réalisé un exploit remarquable de pèlerinage dans les églises et les monastères détruits ou abandonnés sous la pression du régime communiste. Si le chemin était long et lointain, s’il y avait un endroit géographiquement difficile ou présentant certains dangers, le Père Gabriel allait toujours seul. Sinon, il était toujours accompagné par plusieurs croyants qui l'aidaient de quelque façon. Le Père Gabriel avait coutume de dire: "[Il faut] Toujours croire que notre travail n'est pas vain. Bien que de nombreuses églises et monastères sont détruits ou fermés aujourd'hui, le saint ange envoyé par Dieu voit et écoute notre diligence et notre supplication, et apporte avec joie nos prières à Dieu, et Lui en fait prendre conscience. Nous trouvons qu'il est difficile de faire toutes ces choses maintenant. Nous allons dans la neige et la boue, recouverts d'une feuille de plastique, nous avons à prononcer des sermons, mais il viendra un temps où ces églises et monastères seront reconstruits et les offices seront rétablis "(cela semblait vraiment impossible à l'époque).

        A partir de 1987, Père Gabriel choisit un très petit hangar pour son lieu d'habitation dans le Kaklovani  (une petite allée de noyers dans la cour de Samtavro). Ce petit hangar était utilisé précédemment dans le monastère comme poulailler. Plus tard, il avait été laissé sans aucune affectation. Il quittait rarement le monastère, seulement pour trois jours ou une semaine, puis de nouveau il revenait dans sa demeure. Une telle manière de vivre était, simultanément, une expression de son humilité et de son ascétisme: il est assez difficile pour un homme de s'humilier à ce point; en outre, de vivre dans un espace minuscule, où vous ne pouvez même pas vous redresser correctement et résister à des gels en hiver sans chauffage, surtout si les murs ont des failles de 2 à 3 centimètres, c'est une véritable ascèse monastique.
Le moine Gabriel vécut la plupart du temps dans le petit hangar. Il restait très rarement dans sa cellule de la vieille tour. Une fois, l'ange saint lui apparut et lui fit une révélation au sujet du morceau deSvetitskhoveli (Le pilier de vie/ Lieu où avait été ensevelie la Tunique du Christ. ndT) et lui montra exactement l'endroit, où cette sainte relique était cachée. Le moine Gabriel et les moniales prirent cette sainte relique avec révérence et le mirent dans l'église de la Transfiguration de Samtavro, où elle est conservée jusques à ce jour.

En 1990, le moine Gabriel alla au monastère de Shio-Mghvime, car il avait l'intention de mener une vie solitaire comme ermite. Là, il eut une révélation de Dieu de retourner au couvent deSamtavro et de servir les gens là-bas. A partir de ce moment-là, jusques à sa mort, le moine Gabriel vécut dans l'ancienne tour. Il admettait les pèlerins comme un confesseur et servait le prochain avec le dévouement désintéressé de ses fonctions. Au cours d'octobre/novembre 1991, la situation politique en Géorgie devint tendue, mais seul le moine Gabriel sentait le danger des malheurs à venir. Il disait: "Du sang sur l'avenue Roustaveli! Du sang! Du sang des Géorgiens."
Lorsque le combat des armes à feu avenue Roustaveli commença et qu'un géorgien tira sur un autre géorgien, le moine Gabriel sonna les cloches de Samtavro et se lamenta. Il redoubla le jeûne et refusa totalement de prendre de la nourriture. Il est difficile de décrire la façon dont avec ardeur il se lamentait et pleurait et suppliait sincèrement Dieu et Notre-Dame de sauver la Géorgie.

         Le moine Gabriel ne faisait aucune différence entre les gens. Il partageait les joies et les peines de tous les gens qui venaient à lui. Combien d'entre eux ont été sauvés d'une chute dans l'abîme de ténèbres spirituelles. Avec sa capacité de prophétie, il les mettait sur le chemin de la Vérité.

Le moine Gabriel dissimulait presque entièrement son pouvoir d'accomplir des miracles. Quoi qu'il en soit, dans les cas extrêmes, comme lorsque la base de la foi chrétienne - la doctrine de l’essence de la Trinité était questionnée, il exprima la capacité de thaumaturge dont Dieu l'avait doté pour prouver la vérité divine. Un jour, il reçut la visite d'un géorgien, adepte de l'hindouisme, qui avait l'habitude d'aller en Inde et y était resté pendant une longue période et avait son maître spirituel là-bas. Le Père Gabriel prit du pain; fit le signe de la croix sur lui au nom de la Sainte Trinité et le pain éclata miraculeusement en flamme, eau et blé. "Regarde et vois: il en va de même avec la Sainte Trinité en trois hypostases: Le Père, le Fils et le Saint-Esprit" Alors Père Gabriel fit à nouveau le signe de croix et l'eau, le blé et le feu se transformèrent en pain. "Comme ce pain est entier et ne peut pas être divisée, il en va de même avec la Sainte Trinité -. Une essence et indivisible"

 Un jour, l'higoumène du monastère de Xéropotamou du Mont Athos, l'archimandrite Joseph et des moines sont arrivés en Géorgie. Ils ont visité Samtavro et ont pris la bénédiction de Père Gabriel. Mais le staretz réprimanda le père Joseph: "Comment as-tu osé dire avec un air de défi à la Vierge, qu'elle a abandonné la Géorgie ". Nous sommes sous les prières et la miséricorde de la Sainte Vierge, mais tu ne vois pas cela et tu désapprouves". En entendant cela, Père Joseph fut horrifié et  demanda pardon. Le Père Gabriel étreignit l'invité grec avec amour et l'invita à la table. Il est devenu notoire qu'avant de venir à Samtavro, les pères grecs avaient visité la cathédrale de Svetitskhoveli. La situation politique tendue et économique en Géorgie, accompagnée par les difficultés spirituelles de la nation,  récemment libéré du régime athée, était la raison pour laquelle l'archimandrite respecté exprimant son regret pour la Géorgie se dit: "Vierge Marie, Tu as abandonné la Géorgie!" .

         Lors des adieux, les pères exaltés suggérèrent au moine Gabriel de se rendre au Mont Athos, mais il refusa et répondit: "Je suis ici, sur mon Athos. Je ne vais pas échanger ma Géorgie pour l'Athos". Dans la même période, le moine Gabriel reçut la visite du hiéromoine Gérasime, qui arrivait des Etats-Unis en Géorgie précisément dans ce but. Père Gérasime servait dans le monastère, fondé en Californie à Platina par le hiéromoine américain renommé Seraphim Rose. Après son retour dans son pays, le Père Gérasime et la fraternité de Platina en Californie dédia au Père Gabriel un article dans la revue américaine orthodoxe - ORTHODOX WORD.

         Dans les dernières années de sa vie Père Gabriel devint gravement malade (œdème). En plus de cela, il s'était cassé la jambe et depuis ce temps jusques à sa mort, le moine Gabriel  fut couché dans son lit pendant un an et demi, et il fut incapable de marcher. Ce n'est que dans de très rares occasions, endurant des douleurs aiguës, qu'il demandait de l'aider à se lever et s'asseyait devant sa cellule. "Votre vie est ma vie. Si vous ne vous sacrifiez pas pour votre peuple, rien ne sortira", disait-il. La miséricorde de son hospitalité ne peut être oubliée. Avant de se casser la jambe, il nourrissait tout le monde avec des repas préparés par lui personnellement. Mais quand il fut incapable de cuisiner, il demanda à Mère Parascève, ou à quelqu'un d'autre, de faire cuire des repas, et avec beaucoup d'amour il invitait ceux qui venaient à lui. Il était dans un effort permanent pour amener tout le monde plus près de Dieu. Ses paroles remplies de Grâce et de puissance divines pénétraient chaleureusement dans le cœur de chacun. Sa prière était toujours accompagnée par d'abondantes larmes, et donc personne ne pouvait y être indifférent.

Dans ces années, le Père Gabriel enseignait la plupart du temps sur Dieu et l'amour du prochain, le repentir, l'humilité et la bonté. Dans la dernière année de sa vie, il changea soudain sa prédication et donna un enseignement au sujet de la Fin des Temps. "Vous verrez l'Antéchrist, vous serez persécutés et vous devrez fuir vers les montagnes. N'ayez pas peur! Comme les Israélites ne manquaient de rien dans le désert, quand ils quittèrent l'esclavage du pharaon et l'Egypte, il en sera de même pour vous, Dieu prendra soin de vous, qui irez à la montagne pour la liberté en  Christ, pour fuir l'Egypte de ce monde, et de l'esclavage du pharaon - l'Antéchrist. Vous devriez connaître ce qui vous mènera vers la Terre promise - le Paradis et vous fera briller comme le soleil."
Durant ses derniers jours le moine Gabriel prêchait et enseignait l'amour à tous ses visiteurs avec des larmes dans ses yeux: "Souvenez-vous, Dieu est amour. Ayez autant de bonté que vous le pouvez pour vous sauver par cette bonté. Soyez modestes, car Dieu accorde Sa miséricorde à Ses serviteurs humbles. Repentez-vous de vos péchés et n'attendez pas "demain", car c'est là le piège du Diable. Aimez vous les uns les autres, car l'homme sans amour ne peut pas hériter du Royaume des Cieux. "

Un jour avant sa mort le moine Gabriel dit: "Le temps est venu pour mon départ." Puis il caressa l'icône de Notre Sauveur, suspendu au-dessus de sa tête avec sa main droite, garda le silence pendant un certain temps et dit: "Je Te suis, ô Christ, depuis l'âge de 12 ans. Je suis prêt, prends-moi" Toute la nuit, jusques à 4 heures, il passa par de terribles douleurs, puis il commença à respirer bruyamment et appela: "Ma mère, ma mère, ma sœur, ma sœur." Tous vinrent du couvent, les membres de sa famille, les laïcs, un médecin et les prêtres.
Le Père Gabriel regarda l'icône de saint Nicolas de Myre avec amour. L'archevêque Daniel lut les prières des agonisants. À la fin, le Père Gabriel sourit et il mourut en paix.  C'était le 2 novembre 1995.
Selon ses dernières volontés, le moine Gabriel fut enterré dans la cour du couvent de Samtavro enveloppé de toiles de sac, selon une tradition monastique ancienne. Au cours de l'enterrement, son corps était entouré des gens qui l'aimaient. Personne ne voulut jeter de la terre sur lui et tous dispersèrent la terre près de la tombe. Ensuite, la terre elle-même se déplaça, comme le couvrant, atteignant sa poitrine et enfin son corps fut entièrement recouvert de terre. Selon sa volonté les paroles suivantes furent écrites sur sa tombe:

"La vérité est dans l'immortalité de l'Esprit" - Moine Gabriel

         De nombreuses guérisons miraculeuses sont effectuées sur la tombe du moine Gabriel. Il existe plusieurs livres publiés en Géorgie ainsi que dans les autres pays sur les enseignements, la vie et les œuvres de l'archimandrite Gabriel.

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Saint Staretz Gabriel, prie Dieu pour nous!




Version française Claude Lopez-Ginisty
D’après