Biographies des héros spirituels de la terre de Géorgie, moniales, moines, ascètes, martyrs, clercs ou laïcs qui ont fait briller sur elle la Lumière du Christ!

jeudi 2 février 2017

SAINT EUTHYME (EKVTIME) Kérésélidzé le Confesseur († 1944)



Mémoire le 20 janvier /2 février)

L'higoumène Euthyme (Ekvtime) Kérésélidzé est né en 1865 dans le village de Sadmeli (région de Racha) aux pieux Salomon et Marthe (Marta) Kérésélidzé. A la naissance, on lui donna le nom d'Eusthate (Evstate).

Après avoir terminé ses études à l'école paroissiale, Eusthate, âgé de quinze voyagea d'abord à Kutaisi, puis à Tbilissi, en quête de travail. Avec l'aide d'autres jeunes hommes pieux Eusthate fonda une sorte de "club de lecture" théologique à Tbilissi. Les objectifs de l'organisation étaient de renforcer la foi orthodoxe parmi le peuple géorgien, afin de mieux comprendre l'ancienne école de chant géorgien, et de diffuser la connaissance de cette vénérable tradition musicale auprès du grand public. Dans les années 1890, l'organisation acheta un atelier d'impression à l'aide de saint Elie (Ilia) le Juste. Dans les vingt-cinq années qui suivirent, ces jeunes hommes publièrent avec zèle des textes théologiques et les distribuèrent gratuitement au public.

Après un certain temps Eusthate décida de prendre sur lui le joug du monachisme, pour lequel il s'était préparé à un âge précoce. Son père spirituel, le vénérable saint Alexis (Chouchania), appuya sa décision. En 1912, avec la bénédiction de l'évêque Georges (Giorgi) (Aladachvili) d'Imereti, Eusthate  commença à œuvrer comme novice au monastère de Gelati. Le 23 décembre 1912, il fut tonsuré moine sous un certain Anthime, higoumène du monastère. On lui donna le nom de Euthyme en l'honneur de saint Euthyme du Mont Athos. En mai 1913, il fut ordonné hiérodiacre.

En 1917 Père Euthyme fut ordonné prêtre par le même évêque Georges. Dans la terrible année 1921, immédiatement après la prise du pouvoir par les communistes à Kutaisi, les autorités jugèrent Fr. Euthyme indigne de confiance et l'arrêtèrent. Mais, selon la volonté de Dieu, il fut libéré en raison du manque de preuves contre lui. En cette ère impie, le clergé et les moines du monastère de Gelati en vinrent à attendre aux abus et persécutions tous les jours. Mais le fidèle hiéromoine Euthyme persévéra dans son œuvre, réunissant des centaines d'anciennes hymnes géorgiennes pour une éventuelle publication selon la notation occidentale.

En 1924, les communistes détruisirent la cathédrale du roi David le Restaurateur à Kutaisi. Plus tard cette année, ils firent feu et tuèrent le Métropolite de Kutaisi Nazar-Gaenati et le clergé qui servait sous lui. L'hystérie atteignit son apogée. Père Euthyme envisagea de quitter le monastère de Gelati et de déplacer les manuscrits anciens avec lesquels il avait travaillé vers un endroit plus sûr. A cette époque, des milliers de voyageurs furent tués sur la route entre Kutaisi et Tbilissi, mais le Père Euthyme fut transporté en toute sécurité, lui et sa charretée de manuscrits de Kutaisi à Mtskheta, à une courte distance de Tbilissi.

Père Euthyme apporta les manuscrits à la cathédrale Svetitskhoveli pour les sauvegarder, et il fut bientôt nommé doyen de cette paroisse. Même en 1925, lorsque le Catholicos-Patriarche Ambroise (Ambrosi) fut emprisonné à Metekhi et que les menaces pour le clergé géorgien augmentèrent de manière significative, le Père Euthyme continua à fidèlement garder les anciens manuscrits. Il transcrivit la musique à partir du système de neumes médiévaux en notation du système de style européen. Dans le même temps, le Père Euthyme servit de père spirituel aux religieuses du couvent de Samtavro, situé à une courte distance de Svetitskhoveli.

En 1929 Père Euthyme fut transféré à l'extérieur du monastère de Zedazeni Mtskheta. Il emporta les manuscrits de musique ancienne avec lui dans sa nouvelle maison, cachés dans des récipients métalliques, et ils les enterra sous la terre. Six ans plus tard, en Novembre 1935, il rendit plus de trente-quatre volumes de musique contenant 5532 chants et plusieurs manuscrits théologiques au Musée d'Etat de Géorgie.

Les conditions pendant la Seconde Guerre mondiale dans les monastères géorgiens devenaientt de plus en plus sombres. L'higoumène du monastère de Zedazeni, l'archimandrite Michel (Mikael) [Mandaria], apportait de la nourriture aux moines de Sagouramo lorsque les communistes tirèrent sur lui et le tuèrent pour avoir violé le couvre-feu qu'ils avaient imposé. Le jeune moine Parthene (Aptsiauri) fut faussement accusé et arrêté. Après le repos du starez Sabbas (Saba) [Pulariani], le Père Euthyme était le seul moine restant à Zedazeni.

Les enfants spirituels de Père Euthyme, les moniales du couvent de Samtavro, s'occupaient de lui à mesure qu'il vieillissait. À l'hiver 1944, la moniale Zoïle (Dvalichvili) et plusieurs autres allèrent lui rendre visite à Zedazeni et le trouvèrent affaibli, couché dans le lit.

Après une courte période Père Euthyme rendit pacifiquement son âme au Seigneur. Père Euthyme fut enterré dans la cour du monastère de Zedazeni, près du sanctuaire de l'église.

Une partie de sa riche bibliothèque fut déplacée à Samtavro. A ce jour, plusieurs des manuscrits originaux d'hymnes qu'il transcrivit en notation de style européen y sont conservés.





L'ancienne école de chant géorgien s'est conservée jusques à ce jour, principalement en raison des travaux intrépides de l'higoumène Euthyme. Saint Euthyme (Kérésélidzé), comme saint Euthyme du Mont Athos d'après lequel il fut nommé, consacra sa vie à l'enrichissement de son Eglise mère. Comme saint Euthyme Taqaichvili, l'«homme de Dieu», il consacra ses talents et ses énergies à la préservation l'héritage spirituel unique de la Géorgie. C'était un moine ascète et un érudit qui priait avec ferveur. (Plusieurs de ses traités théologiques sont conservés à Samtavro.) Dès sa jeunesse saint Euthyme était pour les autres un exemple de virginité, d'humilité et de patience. Le 18 septembre 2003, le Saint Synode de l'Eglise Orthodoxe Géorgienne déclara Euthyme (Kérésélidzé) digne d'être compté parmi les saints. Le Synode l'appelait "Euthyme le Confesseur", reconnaissant ainsi sa confession de foi et son rôle essentiel dans la préservation de la riche tradition du chant liturgique national.

Tu as rendu le désert fertile avec les flots de tes larmes, et par tes profonds soupirs  et par tes luttes que tu as porté des fruits au centuple. Ainsi, tu es devenu une étoile de l'univers. C'est pourquoi, ô saint Père Euthyme, intercède auprès du Christ Dieu pour sauver nos âmes!


Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006
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