Biographies des héros spirituels de la terre de Géorgie, moniales, moines, ascètes, martyrs, clercs ou laïcs qui ont fait briller sur elle la Lumière du Christ!

jeudi 23 février 2017

Vénérable Jean (Ioane) de Tchimtchimi le Philosophe ( XII-XIIIe siècle)


Fête le 10/23 février

Peu d'informations ont été préservées concernant la vie de saint Jean (Ioane) de Tchimtchimi, mais nous savons qu'il fut un grand traducteur, philosophe et défenseur de la foi chrétienne géorgienne.
Jean reçut son éducation dans ce qui est à présent la Bulgarie dans la célèbre école littéraire du monastère géorgien de Pétritsoni (près de Batchkovo).
Un historien écrit: " Dans son éloge funèbre pour la mort du saint roi Démètre,Jean le Philosophe de Tchimtchimi a brillamment décrit la gloire. l'honneur et l'héroïsme de la vie de ce saint homme."
Saint Jean traduisit de nombreuses compositions exégétiques, y compris deux commentaires du livre de l'Ecclésiaste, l'un par Mitrophane de Smyrne, et l'autre par Olympiodore d'Alexandrie. Il traduisit aussi Une explication de l'Evangile selon saint Marc et Une explication de l'Evangile selon saint Luc, deux ouvrages du Bienheureux Théophylacte de Bulgarie.
Les œuvres de notre Père saint Jean de Tchimtchimi sont fondamentaux dans le canon de la littérature théologique géorgienne.
Dans son ouvrage Pèlerinage, l'éminent historien du XVIIIe siècle , l'archevêque Thimothée (Timote) [Gabachvili], mentionne Jean de Tchimtchimi parmi les saints Pères représentés dans les fresques du Monastère de la Sainte Croix à Jérusalem.
Dans le seconde moitié du XIXe siècle, l'historien Mose Janachvili, écrit dans son Histoire de l'Eglise Géorgienne, que Jean de Tchimtchimi a dirigé une école littéraire dans le village de Gremi de Kakhétie. Selon Janachvili, les étudiants de l'école de saint Jean. étaient instruits en Philosophie et théologie, aussi bien qu'en langues grecque, syrienne, et arabe.

Tu as gravi le sommet de la vertu, ô Père Jean agréable à Dieu. Prie le Christ Jésus, Chef de l'Eglise, de nous compter aussi parmi les rangs des justes.


Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006
+

dimanche 19 février 2017

Vénérable Arsène d'Iqalto (1127)


Fête le 6/19 Février

Saint Arsène (Arsen) d'Iqalto était traducteur, chercheur, compilateur de manuscrits, hymnographe, philosophe, et grand défenseur de la foi chrétienne géorgienne. Son père était Ibadi Vachnadzé, un sage, savant qui parlait couramment la langue grecque. Il dirigea l'académie du monastère d'Iqalto et fut instructeur du saint roi David (Davit) le restaurateur.

Peu de détails sur la vie de saint Arsène ont été conservés, mais nous savons qu'il vécut dans les 11e et 12e siècles et qu'il était un jeune contemporain de Saint Ephrem (Eprem) le Minime. Il a obtenu son éducation primaire et supérieure à Byzance, au monastère de Mangana, qui avait été fondé par l'empereur byzantin Constantin Monomaque IX (1042-1055). À l'académie il  compléta un de ses projets les plus importants: une traduction de la Chronique de l'historien byzantin George Hamartolus. L'œuvre d'Hamartolus compte neuf volumes de l'histoire d'Adam à l'année 842 après Jésus-Christ. Toujours à Mangana, Arsène traduisit un volume d'écrits dogmatiques polémiques, en géorgien et intitula son œuvre Dogmatikon. Dans les années qui suivirent, des ouvrages traduits par d'autres auteurs furent ajoutés au livre.

Après avoir terminé ses études au monastère de Mangana, Arsène alla vers la Montagne Noire près d'Antioche pour poursuivre ses travaux sous la direction du saint Ephrem le Minime. Après le repos en Christ de saint Ephrem, il revint au monastère de Mangana poursuivre ses traductions. 
En 1114 le roi David le Restaurateur fit revenir Arsène en Géorgie, à l'Académie occidentale de Gelati. C'est là qu'il traduisit Le Nomocanon (collection byzantine de lois ecclésiastiques) en géorgien à partir de l'original grec. 
Arsène retourna plus tard à Kakhétie dans l'est de la Géorgie, où il fonda une académie au monastère d'Iqalto. Il participa également au Concile de Ruisi-Urbnisi, qui avait été convoqué par le roi David le Restaurateur. Un des biographes du roi David écrivitt qu'il avait invité "Arsène d'Iqalto, traducteur et interprète des langues grecque et géorgienne et illuminateur de nombreuses églises."

Arsène était présent au repos en Christ du roi David le Restaurateur, et on pense qu'il composa l'épitaphe du roi: 

J'ai nourri sept rois avec ma richesse, 
Chassé les Turcs, les Perses et les Arabes hors de nos frontières, 
Déplacé les poissons d'une rivière à l'autre, 
Et, après avoir accompli toutes ces choses,
J'ai mis mes mains sur mon coeur et je suis mort.

Le «théologien, philosophe, physicien, anatomiste, écrivain d'allégories et de versets, le poète épique, et le compilateur des typika de l'Église" Arsène fut enterré dans Iqalto à côté de saint Zénon, fondateur du monastère d'Iqalto.

Ô notre Père saint Arsène, toi qui eus part aux souffrances du peuple géorgien, écoute nos prières et intercède avec la Très Sainte Trinité, afin de nous rendre dignes de Sa Gloire!

Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006
+

vendredi 17 février 2017

Vénérable Evagre, gouverneur de Tsikhedidi et compagnon d'ascèse de saint Shio de Mgvime




Mémoire le 4/17 février

Saint Evagre naquit de parents pieux et craignant Dieu qui lui lisaient les Saintes Ecritures dès son plus jeune âge. Quand il devint adulte, Evagre devint gouverneur de Tsikhedidi.

VIème siècle



Un jour Evagre alla chasser dans les monts Sarkineti où saint Shio de Mgvime s'était établi. Tandis qu'il chassait, ses compagnons se dispersèrent dans de nombreuses directions et il resta seul pour surveiller les environs. Là, il vit un oiseau qui ressemblait à une colombe qui apportait de la nourriture au père Shio et il nota l'endroit où il se posa. Le jour suivant, il localisa la caverne de l'ermite.


Etonné par l'ascèse stricte de père Shio, saint Evagre fut rempli d'une sainte envie d'imiter l'ermite et il lui dit: " Dieu est vivant en vérité. Je ne te quitterai pas. Je ne retournerai pas d'ou je viens." Saint Shio lui conseilla de se méfier d'une telle décision impulsive, car il serait très difficile pour un homme ayant vécu dans le luxe de commencer soudain une nouvelle vie dans le désert. Mais Evagre lui répondit avec fermeté: " Même si cela signifie que je dois mourir ici avec toi aujourd'hui, je ne quitterai pas ce lieu."

Afin d'éprouver sa foi, saint Shio confia son bâton et lui donna les instructions suivantes: Met mon bâton dans la rivière Mktvari: il partagera l'eau et te fera un gué par lequel tu pourras traverser à pieds secs. Ferme ta maison et reviens vers moi. Sur le chemin du retour, quand tu atteindras la rivière Mktvari, utilise à nouveau mon bâton pour te faire un gué. Si cela échoue, alors continue à vivre comme tu le faisais auparavant. Cela signifierait que ce n'est pas la volonté de Dieu que tu accomplisses ton désir.

Avec obéissance, Evagre prit le bâton de saint Shio et en toucha l'eau de la rivière Mktvari. La rivière s'ouvrit et il traversa pour aller de l'autre côté.

Etant retourné au palais, Evagre distribua toutes ses possessions aux pauvres, ferma sa maison et repartit pour retrouver saint Shio. Il accomplit le même miracle à son retour: la rivière s'ouvrit en deux et le fidèle Evagre traversa.

Père Shio tonsura Evagre moine et l'ancien gouverneur s'installa près de la caverne du saint père. Là, il apprit à être patient et attentif et comment prier tandis qu'il acquerrait d'autres vertus, fruits de ses labeurs ascétiques.

Saint Shio prévoyant que le nombre de moines dans le désert allait augmenter, il construisit une église pour eux en un lieu que Dieu lui avait révélé. Les grands dons des saints pères furent bientôt découverts et de nombreux pèlerins voyagèrent aux monts Sarkineti pour recevoir leur bénédiction. Quand le roi Parsman apprit, avec retard, que le chef de son armée avait été tonsuré moine, il en fut très chagriné et se rendit personnellement dans le désert de saint Shio. Il espérait faire revenir Evagre dans le monde, mais le bienheureux père lui répondit avec la sobriété monastique qui le caractérisait: " O Roi! Pourquoi me déranges-tu, moi qui suis né pour servir Dieu, en me demandant de devenir comme le chien qui retourne à ses vomissures (Proverbes 26:11)?
La réputation de saint Shio, d'Evagre et des autres lutteurs de sainteté se répandit à travers la Géorgie, et beaucoup de laïcs eurent l'inspiration de rentrer dans la vie monastique.
Après plusieurs années, saint Shio devenu vieux, rassembla la communauté des moines autour de lui: " Vous devez choisir l'un d'entre vous pour diriger cette communauté. A partir de maintenant, je vais travailler dans le puits que j'ai préparé pour ma tombe " leur dit-il. Les frères furent très affectés d'avoir à se séparer de leur maître bien aimé et ils lui demandèrent en vain de rester au monastère. Enfin, ils demandèrent au père Shio de nommer un successeur, et il choisit Evagre comme nouvel higoumène.
L'humble et gracieux Evagre émit une objection, considérant qu'il n'était pas capable d'assumer une responsabilité aussi difficile. Il supplia saint Shio de reconsidérer sa décision, mais le staretz lui répondit simplement:" Si tu consens à faire notre volonté, tu recevras une joyeuse récompense de Dieu: quand Il reviendra dans Sa gloire, Il te rétribuera pour ton obéissance."
Finalement saint Evagre accepta le conseil de son maître et, à partir de ce jour, il dirigea les activités du monastère avec l'aide de Dieu.

Tu fus sanctifié, ô Evagre, Père des Pères
Car Dieu Lui-même demeura dans ton cœur pur! 
Prie-Le de purifier nos âmes.

in Archpriest Zakaria Machitadze, 
Lives of the Georgien Saints
St. Herman of Alaska Brotherhood, 2006
Version française Claude Lopez-Ginisty

samedi 11 février 2017

SAINT ROI MARTYR ACHOT KOUROPALATES (+829)

St. Ashot Kuropalates of Tao-Klardjeti

Mémoire le 26 janvier/11 février/ 

En l'an 786, Achot, fils d'Adarnerse, monta sur le trône de Kartli. Dès le début de son règne, il se battit farouchement pour la réunification de la Géorgie. Sa première étape consista à tirer parti de la lassitude des musulmans arabes et de les bannir de Tbilissi.
      Trois années passèrent et, sous la direction d'un nouveau dirigeant, les musulmans revigorés, commencèrent à pourchasser Achot. Le roi fut obligé de fuir après avoir tardé à prendre des mesures contre eux. L'ennemi avait de nouveau conquis Tbilissi.
      Achot fut contraint de quitter Kartli, et il partit pour Byzance avec sa famille et sa petite armée. Les réfugiés se rendirent jusques à Djavakheti dans le sud de la Géorgie et s'arrêtèrent près du lac de Paravani pour se reposer. Mais pendant qu'ils dormaient, une armée sarrasine assaillit le camp. L'armée du roi fut condamnée, mais "Dieu aidé Achot Kouropalates et sa maigre armée. Il leur donna la puissance, et ils ont vaincu un ennemi en grande supériorité numérique." Le roi fut profondément ému par l'intervention miraculeuse de Dieu et il décidé que, plutôt que de se mettre en chemin pour Byzance comme il l'avait prévu, il resterait dans la région de Chavshet-Klarjeti.
      A cette époque, le sud de la Géorgie souffrait de grandes calamités. Une épidémie de choléra intensifiait les luttes d'un peuple ravagé par un ennemi impitoyable. Très peu survécurent, mais ce reste impuissant et las accepta Achot Kouropalates comme son nouveau chef, et le roi commença tout de suite à restaurer la région.
      Achot Kuropalates restaura le château d'Artanuji, qui avait initialement été construit par le roi Vakhtang Gorgasali et plus tard ravagé par le général Arabe Marwan "le sourd". Achot fonda une ville voisine et la proclama résidence de la famille royale de Bagrationi Klarjeti. Il construisit également un église en l'honneur des saints Pierre et Paul. Comme il est écrit: "Dieu a accordé à Achot Kouropalates une grande puissance et beaucoup de victoires."
      La région de Klarjeti prit une vie nouvelle, et grâce aux efforts de saint Grégoire (Grigol) de Khandzta et ses compagnons, l'ancienne friche fut transformée en un quartier animé avec des églises, des monastères et des écoles. Les nobles géorgiens commencèrent bientôt à voyager à Klarjeti à à forger l'avenir de leur nation avec le roi Achot et les autres dirigeants qui craignaient Dieu.
     Achot Kouropalates n'était pas seulement un chef qui fit vigoureusement campagne pour l'unification de la Géorgie, c'était vraiment un homme pieux d'esprit. Avec grand honneur et joie,  il fut l'hôte du Père Grégoire de Khandzta, homme "céleste et ange terrestre." Père Grégoire bénit le royaume d'Achot et son héritage.
      À ceux qui œuvraient au monastère de Khandzta, Achot Kouropalates accorda les meilleures terres, y compris Shatberdi, pour servir de propriétés rurales, qui fournissaient la nourriture pour le monastère. Ses enfants, Adarnerse, Bagrat et Guaram plus tard, donnèrent une grande partie de leur fortune pour le renouveau des monastères dans le désert de Klarjeti. (1) 
      Mais après quelque temps, le roi Achot habituellement vertueux tomba amoureux d'une certaine femme. Il oublia son honneur, ses réalisations et sa fidélité à Dieu et la nation et l'emmena au château d'Artanuji, domaine qui avait été construit pour la reine. Saint Grégoirel, cependant, entendit parler de cette relation adultère du roi et en devint extrêmement triste.
      Il confronta le roi à son comportement, et Achot désespéré promis de quitter la femme, mais il ne pouvait se résoudre à remplir sa promesse. Alors Père Grigol l'emmena au monastère de Mere et la remis à l'higoumène, Mère Fébronie (Pebronia), sans le dire à Achot. Après avoir entendu ce qui s'était passé, le roi Achot plaida avec Mère Fébronie pour qu'elle lui rende la femme, mais l'higoumène refusa. A la longue,Achot ls'inclina devant moniale et se repentit, en disant: "Heureux l'homme qui n'est plus en vie dans ce monde. "
      Le roi redécouvrit son amour pour Dieu et pour son pays, et il se prépara à retourner à Kartli. Mais ses plans furent déjoués quand un certain guerrier musulman du nom de Khalil envahi, conquit les terres de Kartli, d'Hereti et de Kvemo Kartli.
      Achot envoya ses hommes  rassembler une armée, mais avant que les troupes n'aient été rassemblées, les Sarrasins attaquèrent et le forcèrent à fuir. Le roi se rendit ensuite à la Gorge de Nigali avec l'intention d'agrandir son armée. Certains des soldats conscrits s'avérèrent être des traîtres , et quand le roi découvrit la trahison, il était déjà trop tard. Il se caché dans une église, mais les impies le trouvèrent et le poignardèrent à mort dans le sanctuaire. "Ils l'ont assassiné sur l'autel, comme on abat un agneau de sacrifice , et son sang y reste jusque à ce jour", écrit Soumbat, le fils de David, dans son livre Vies des Bagration.
      Ainsi, le premier roi, Bagration "un croyant, par lequel l'héritage du peuple géorgien fut créé", a également été un martyr. Les Géorgiens ont pris leur revanche sur les assassins de leur roi bien-aimé. Quand le peuple de Doliskana entendit dire qu'Achot avait été tué, ils poursuivirent ses meurtriers et les tuèrent près de la rivière Tchorokhi. Le vénérable Grégoire et le peuple géorgien pleurèrent amèrement la perte de leur roi et de leur espérance. Les Les reliques de saint Achot furent enterrées dans l'église des Saints Pierre et Paul qu'il avait lui-même construite.

Ô glorieux saint martyr Acho Kouropalates, prie le Christ qui illumine les hommes de Son rayonnement, pour sauver les enfants de Son Eglise!

Version française Claude Lopez-Ginisty
d'après
Lives of the Georgian Saints
de
l'Archiprêtre Zakaria Machitadze
in




(1) უდაბნო /Oudabno en géorgien. Traduit par "désert", ces lieux déserts où les ermites et leurs demeures attiraient souvent les moines et les pieux laïcs, alors que la renommée de ces saints hommes se propagageait. Au cours des siècles, avec la fondation de nombreux monastères, ces déserts sont devenues de véritables villes et conservèrent seulement le nom de "désert" dans un sens figuré




mercredi 8 février 2017

SAINT DAVID (DAVIT) IV, LE BÂTISSEUR, ROI DE GEORGIE Et D'ABKHAZETI





Mémoire le 26 janvier/8 février

   A la fin du 11ème siècle l'Eglise géorgienne a subi une épreuve aux proportions physiquement et spirituellement catastrophiques.
      Le sultan seldjoukide, Jalal al-Dawla Malik Shah (1073-1092), captura le village de Samshvilde, emprisonna son gouvernant, Jean (Ioane) Orbeliani, fils de Liparit, ravagea Kvemo Kartli (inférieur), et finalement captura toute la Géorgie, en dépit des victoires isolées du roi Georges (Giorgi) II (1072-1089). Les Géorgiens fuirent leurs maisons, craignant de se cacher dans les montagnes et les forêts.
      Tenté et profondément affligé par les temps difficiles, la nation qui avait juré un jour son amour inconditionnel pour le Christ commença à tomber dans le péché et la corruption. Les gens de tous âges et tempéraments péchèrent contre Dieu et se tournèrent vers le chemin de la perdition. Dieu manifesta sa colère envers le peuple géorgien par l'envoi d'un terrible tremblement de terre qui dévasta leurs fêtes pascales.
      En l'an 1089, au cours de cette période de désolation et de désespoir, le roi Georges II abdiqua, en désignant son fils unique de seize ans, David (Davit) (plus tard connu comme "le Restaurateur"), comme héritier du trône. Il est écrit que le Père céleste a dit: J'ai trouvé David, mon serviteur, avec mon huile sainte je l'ai oint (Ps. 88:19).
      Le nouveau roi couronné David prit sur lui une responsabilité énorme pour le bien de l'Eglise. Il appuya les efforts déployés par le Concile de Ruisi-Urbnisi pour restaurer et renforcer l'autorité de l'Eglise géorgienne et supprimer les seigneurs féodaux et ecclésiastiques vaniteux et indignes. Pendant le règne du roi David, les activités les plus importantes du gouvernement furent réalisées au profit de l'Eglise. Dans le même temps, le Concile de Ruisi-Urbnisi réaffirma le rôle essentiel de la foi orthodoxe pour sauver le peuple géorgien du bourbier impie dans lequel il avait coulé.
      Au premier rang des objectifs du roi David au début de son règne, fut le rapatriement de ceux qui avaient fui la Géorgie sous la domination turque. Le roi appela ses nobles et commença à réunifier le pays. Les efforts du roi pour réunifier la Géorgie commencèrent dans la région orientale de Kakhétie-Hereti, mais les Turcs et les seigneurs féodaux traîtres n'étaient pas disposés à céder le pouvoir qu'ils avaient acquis dans la région. Néanmoins, l'armée du roi David était dans les mains de Dieu, et les Géorgiens combattirent vaillamment contre la massive armée turque. Le roi David lui-même, se battit comme n'importe quel autre soldat: trois de ses chevaux furent tués, mais il en enfourcha un quatrième pour terminer le combat par une victoire fantastique. La présence turque fut éliminée de son pays.
      Bientôt, cependant, l'intransigeant sultan seldjoukide Mehmed (Muhammad) I de Bagdad (1105-1118) ordonna à une armée de 100.000 soldats de marcher sur la Géorgie. Quand le roi David entendit parler de l'approche de l'ennemi, il réunit immédiatement un groupe de quinze cents hommes et les conduisit vers Trialeti. Une bataille commença tôt le matin, et avec l'aide de Dieu l'ennemi fut vaincu. Simultanément, le conseiller du roi, Georges de Tchqondidi, (Giorgi Tchqondidi était le précepteur du roi David et son plus proche conseiller). Il occupa le poste de chancelier-procureur. Au Concile de Ruisi-Urbnisi, le roi David introduisit une nouvelle loi, en combinant la fonction de chancelier-procureur avec l'archevêché de Tchqondidi, épiscopat le plus influent en Géorgie.) reprit la ville de Rustavi, et en 1115, l'armée géorgienne récupéra le ravin de la rivière Mtkvari. Un an plus tard, les Turcs, qui avaient campé entre les villes de Karnipori et Basiani, furent bannis du pays. Les "grandes guerres" continuèrent, et le saint roi fut couronné de nouvelles victoires. Le fils de David Démètre  (plus tard, le vénérable Damien [Damiane]), jeune homme distingué en "sagesse, sainteté, apparence et  courage", fut un grand atout pour son père. Le prince mena une guerre contre  Shirvan, captura Kaladzori, et retourna vers son père avec des esclaves et de grandes richesses, le butin de guerre à cette époque. Un an plus tard, les villages de Lore et Agarani furent joints à la Géorgie.
      En dépit de ses victoires, le roi David savait qu'il serait difficile pour sa maigre armée de protéger les villes et les forteresses récupérés, tout en continuant à servir comme force militaire permanente. Ainsi, il devint nécessaire d'établir une armée permanente distincte. Le sage roi prévit de recruter des hommes parmi les Qiptchaks, tribu du nord du Caucase, pour former cette armée. Il connaissait bien le caractère de ces peuples, et était convaincu qu'ils étaient courageux et expérimentés dans la guerre. En outre, la femme de David, la reine Gurandukhti, était la fille d'Atrak, chef des Qipchaks. Atrak  accepta joyeusement la demande du roi son gendre.
      Comme un vrai diplomate, cherchant à maintenir des relations pacifiques avec les Qiptchaks, le roi David prit son conseiller, Georges Tchqondidi, et se rendit dans la région de l'Ossétie au Caucase du Nord. Là, Georges Tchqondidi, "conseiller de son maître et participant à ses grands travaux et victoires", reposa dans le Seigneur. Suite à cela, le roi David découragé déclara que son royaume prendrait le deuil pendant quarante jours. Mais il accomplit ce qu'il avait prévu de faire, et sélectionna 40.000 Qiptchaks à ajouter aux cinq mille soldats géorgiens qu'il avait déjà enrôlés. Dès ce moment, le roi David eut une armée permanente de 45.000 hommes.
      L'immense armée du roi éradiqua finalement en permanence la présence turque dans et autour de la Géorgie. Les Turcs vaincus retournèrent dans la honte vers leur sultan de Bagdad, drapés de noir en signe de deuil et de  défaite. Néanmoins, le sultan Mahmoud II (1118-1131), inflexible rassembla une coalition de pays musulmans pour attaquer la Géorgie. Le sultan convoqua le chef arabe Durbays bin Sadaka, ordonna à son propre fils Malik (1152-1153) de le servir, rassembla une armée de 600.000 hommes, et marcha encore une fois vers la Géorgie.
      C'était en août  1121. Avant de partir à la bataille, le roi David inspira son armée en ces termes: "Soldats du Christ! Si nous nous battons avec courage pour notre foi, nous ne vaincrons pas seulement les serviteurs du Diable, mais le Diable lui-même. Nous allons gagner la plus grande arme de guerre spirituelle quand nous ferons une alliance avec le Dieu Tout-Puissant et le vœu que nous préférons mourir pour Son amour plutôt que de fuir l'ennemi. Et si l'un d'entre nous veut faire retraite, prenons des branches et bloquons l'entrée de la gorge pour l'en empêcher. Quand l'ennemi approche, attaquons férocement! "
      Aucun des soldats ne pensait de battre en retraite. La tactique de combat superbe du roi de et les miracles de Dieu terrifièrent l'ennemi. Comme il est écrit: "La main de Dieu lui donna le pouvoir, et le mégalomartyr Georges le conduisit invisiblement dans la bataille. Le roi anéantit l'ennemi impie avec sa dextre puissante. "
      La bataille de Didgori affaiblit l'ennemi pendant de nombreuses années. L'année suivante, en 1122, le roi David repris la capitale de Tbilissi, qui avait supporté le joug de l'esclavage pendant quatre cents ans. Le roi revint de la ville à sa mère patrie. En 1123 le roi David déclaré le village de Dmanissi possession géorgienne, et donc, enfin, l'unification du pays fut complète.
      Une victoire suivit une autre, tandis que le Seigneur défendait le roi qui  glorifiait son Créateur.
      En 1106 le roi David avait commencé la construction du monastère de Gelati dans l'ouest de la Géorgie, et tout au long de sa vie, ce complexe sacré était au centre de ses efforts en faveur de la renaissance de l'Eglise géorgienne. Le monastère de Gelati était le plus glorieux de tous les temples de Dieu existants. Pour embellir le bâtiment, le roi David offrit beaucoup de grands trésors qu'il avait acquis comme butin de guerre. Puis il rassembla tous les sages, les hommes intègres, généreux et pieux parmi ses parents et ceux de l'étranger et il établit l'Académie théologique de Gelati. Le roi David aida beaucoup de gens dans les églises géorgiennes tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de son royaume. Le roi bienveillant construisit une ambulance primitive pour les malades et fournissait toutes les conditions nécessaires à leur rétablissement. Il visitait les malades, les encourageait et prenait soin d'eux comme un père. Le roi avait toujours avec lui un petit sac dans lequel il faisait l'aumône aux pauvres.
      Le roi intelligence et bien éduqué passait son temps libre à lire les Saintes Écritures et à l'étude des sciences. Il emportait même ses livres avec lui à la guerre, en sollicitant l'aide des ânes et des chameaux pour transporter sa bibliothèque. Quand il était fatigué de lire, le roi David demandait à d'autres de lire pour lui, alors qu'il écoutait attentivement. Un des biographes du roi se souvient: "Chaque fois que David finissait de lire les épîtres, il mettait un signe sur la dernière page. Au bout d'un an, nous avons compté qu'il les avait lu vingt-quatre fois. "
  Le  roi  David était aussi un écrivain exemplaire. Ses "Cantiques du repentir" sont égaux en mérite aux œuvres des plus grands écrivains de l'Eglise.
      Ce roi géorgien très vaillant, puissant et juste quitta ses héritiers par une confession brillante quand il mourut. Il rappela tous les péchés qu'il avait commis avec des lamentations profonde et implora le Dieu Tout-Puissant pour [obtenir] le pardon.
Le roi David termina son testament en 1125, et dans la même année, il  abdiqua et désigna son fils Démètre pour être son successeur. Il confia à son fils une épée, bénit son avenir, et lui souhaita de nombreuses années en bonne santé et au service du Seigneur. Le roi reposa paisiblement en Christ à l'âge de 53 ans.
      Saint David le restaurateur fut enterré à l'entrée du monastère de Gelati. Son testament fut sculpté dans la pierre de sa tombe: Ceci est mon repos pour toujours et à jamais, ici j'habiterai, car je l'ai choisie [Sion] (Ps. 131:15).

Ô Seigneur, les miracles que tu accomplis par Ton roi orthodoxe David, sont incompréhensibles aux hommes. Tu l'as glorifié pour l'Amour de Ton Nom quand ses victoires brillantes rachetèrent la terre géorgienne des infidèles sarrasins. Tu glorifias saint David par des actes miraculeux et par ces actes accorde à nos âmes grande miséricorde!



Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006
+

mardi 7 février 2017

SAINT GABRIEL (KIKODZE), évêque d'Imeret





Mémoire le 25 janvier/7 février


      Vladyka Gabriel (Kikodzé) naquit le 15 novembre 1825, dans le village de Bachvi, dans le district occidental géorgien d'Ozourgeti en Gouria. Son père était le prêtre Maxime Kikodzé.
      De 1840 à 1845 Gabriel (Gérasime dans le monde) étudia à Tbilissi et dans les séminaires théologiques de Pskov et Saint-Pétersbourg. En 1849, il fut diplômé de l'Académie théologique de Saint-Pétersbourg avec une maîtrise, et dans la même année, il se maria et retourna en Géorgie. À son retour, il fut nommé doyen du Séminaire de Tbilissi. En 1854, saint Gabriel fut ordonné diacre, puis prêtre.
      En 1856, un terrible chagrin s'est abattu sur saint Gabriel: sa femme et ses cinq enfants sont morts lors d'une épidémie qui a ravagé la capitale. Après cette tragédie saint Gabriel a reçu la bénédiction de l'exarque Isidore d'être tonsuré moine au monastère de Davit-Gareji, et en 1858, il a été intronisé comme higoumène de ce monastère. Dans la même année, il fut consacré évêque de Gori, puis le 2 Juillet 1860, il fut transféré à la région d'Imereti. Il dirigea le troupeau de ce diocèse jusques à la fin de sa vie. En 1869, le diocèse d'Abkhazeti fut également  sous sa direction. Saint Gabriel s'efforça sans relâche de renforcer la foi de son troupeau et, à cette fin, il voyagea constamment à travers les villages, prêchant et aidant ceux dans le besoin. En fin de compte ce fut son propre caractère et exemple qui s'avéra avoir l'influence la plus puissante sur ses enfants spirituels.
      Il n'existait pas de différenciation entre les pétitionnaires aux yeux de l'évêque Gabriel: jeune ou vieux, prince ou mendiant,  parent, connaissance ou étranger, tous étaient égaux pour lui, et méritaient son aide, son soutien et sa protection. Il ne tolérait pas le désordre ou l'immoralité.
      La simplicité de son caractère était évident, même dans ses vêtements, sa demeure, et la nourriture qu'il mangeait. Il n'était pas rare pour les visiteurs, de voir le staretz vêtu d'une robe de moine minable, et de le prendre pour un serviteur. L'évêque Gabriel était un donneur d'aumône miséricordieux et il distribuait généreux de l'aide aux veuves et aux orphelins de sa communauté.
      Il sympathisait profondément avec les luttes des gens simples et cherchait à établir un système d'éducation primaire universel. Il offrit son aide à de nombreux jeunes en leur fournissant des abris et souvent par le financement de leurs études. Il était l'hôte de dîners organisés pour les jeunes, ce qui entraînait de longues discussions pour leur inculquer des pensées vertueuses et cultiver un amour de l'humilité dans leurs jeunes âmes. L'évêques Gabriel a vécu par l'axiome: "Rien ne m'appartient, tout appartient à Dieu."
      Nous savons par le journal intime de l'évêque Gabriel le nombre de mendiants qu'il a enterré, ceux qui étaient nus qu'il a vêtu, les personnes pour qui il a ouvert la voie à la survie, les étudiants pour qui il a créé une chance d'étudier, et les malades pour qui il a acheté les médicaments. Souvent, en hiver, saint Gabriel envoyait anonymement du bois et de l'argent aux familles qui souffraient de la faim et du froid.
      Malgré tout cela, l'évêque Gabriel recevait des lettres l'accusant d'injustice, d'immoralité, d'ambition et de vente de biens de l'Église sans autorisation.
  Les forts sentiments nationalistes de l'évêque Gabriel (en particulier ceux qui avaient trait à la langue géorgienne) ont souvent causé des conflits avec l'exarque de la Russie Eusèbe (Evsevi). Pour cette raison, l'évêque Gabriel s'est mêlé de la politique des relations russo-géorgiennes et il a eu droit à une forte suspicion par les fonctionnaires de l'Etat russe en Géorgie. L'évêque Gabriel a commencé à être considéré comme "peu fiable" par son propre gouvernement, et par les fonctionnaires espions affectés à surveiller chacune de ses actions.
      En 1885 le secrétaire Mgr Gabriel, le publiciste Eusthate (Evstati) Mtchédlidzé (Boslévéli), fut tué. L'évêque lui-même commença à recevoir des lettres de menaces, et il décida de quitter la Géorgie. "Ma faiblesse spirituelle était telle que je suis devenu effrayé," écrivit-il dans ses mémoires. "Ce n'était pas seulement pour moi-même que j'avais peur, en voyant comment j'avais déjà vieilli et combien j'avais peu de temps à rester dans le monde.
      Au contraire, si on m'avait tué, un grand déshonneur serait tombé sur la nation qui s'était dévouée avec tant de fidélité à son berger. "
Mais Vladyka Gabriel ne quitta jamais la Géorgie. Dans ses dernières années, il commença à souffrir de sévère tourment intérieur, et il eut souvent des visions terribles; l'Ennemi de l'humanité lança une campagne finale pour vaincre spirituellement le staretz déjà affaibli physiquement. Vladyka Gabriel répétait sans cesse la prière: "Dieu, aie pitié de moi, pécheur."
      Poussant son dernier soupir, il pria: "Souviens-toi de moi, Seigneur, quand tu viendras dans Ton Royaume!"
    L'évêque Gabriel reposa en Christ à Kutaisi le 26 décembre 1896. L'hiver fut particulièrement rigoureux dans l'ouest de la Géorgie cette année. Les routes étaient couvertes de neige, et il était impossible de transférer ses saintes reliques de Kutaisi à proximité de Gelati. Les gens attendaient un temps plus agréable, et jusques au temps où il arriva, les reliques de l'évêque Gabriel restèrent à la cathédrale de la ville de Kutaisi (cette cathédrale fut détruite pendant la période communiste).
      Pendant 46 jours toute la Géorgie pleura le trépas de l'évêque Gabriel, et pendant ce temps son corps ne présenta aucun signe de décomposition. Conformément à sa volonté, les objets personnels du hiérarque furent distribués aux veuves, aux orphelins et aux pauvres. Son discours d'adieu, dans laquelle il remis les péchés de tout son troupeau et demanda le pardon de ses propres péchés, fut publié comme un dernier hommage durable à sa grande foi.

Tu as supporté les tribulations du monde pour gagner la paix du Christ. Par tes paroles, tu as illuminé la nation géorgienne, et as apporté de multiples trésors à son peuple. ò saint hiérarque Gabriel, prie le Christ d'avoir pitié de nos âmes!



Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006
+
St. Gabriel, bishop of Imereti

jeudi 2 février 2017

SAINT EUTHYME (EKVTIME) Kérésélidzé le Confesseur († 1944)



Mémoire le 20 janvier /2 février)

L'higoumène Euthyme (Ekvtime) Kérésélidzé est né en 1865 dans le village de Sadmeli (région de Racha) aux pieux Salomon et Marthe (Marta) Kérésélidzé. A la naissance, on lui donna le nom d'Eusthate (Evstate).

Après avoir terminé ses études à l'école paroissiale, Eusthate, âgé de quinze voyagea d'abord à Kutaisi, puis à Tbilissi, en quête de travail. Avec l'aide d'autres jeunes hommes pieux Eusthate fonda une sorte de "club de lecture" théologique à Tbilissi. Les objectifs de l'organisation étaient de renforcer la foi orthodoxe parmi le peuple géorgien, afin de mieux comprendre l'ancienne école de chant géorgien, et de diffuser la connaissance de cette vénérable tradition musicale auprès du grand public. Dans les années 1890, l'organisation acheta un atelier d'impression à l'aide de saint Elie (Ilia) le Juste. Dans les vingt-cinq années qui suivirent, ces jeunes hommes publièrent avec zèle des textes théologiques et les distribuèrent gratuitement au public.

Après un certain temps Eusthate décida de prendre sur lui le joug du monachisme, pour lequel il s'était préparé à un âge précoce. Son père spirituel, le vénérable saint Alexis (Chouchania), appuya sa décision. En 1912, avec la bénédiction de l'évêque Georges (Giorgi) (Aladachvili) d'Imereti, Eusthate  commença à œuvrer comme novice au monastère de Gelati. Le 23 décembre 1912, il fut tonsuré moine sous un certain Anthime, higoumène du monastère. On lui donna le nom de Euthyme en l'honneur de saint Euthyme du Mont Athos. En mai 1913, il fut ordonné hiérodiacre.

En 1917 Père Euthyme fut ordonné prêtre par le même évêque Georges. Dans la terrible année 1921, immédiatement après la prise du pouvoir par les communistes à Kutaisi, les autorités jugèrent Fr. Euthyme indigne de confiance et l'arrêtèrent. Mais, selon la volonté de Dieu, il fut libéré en raison du manque de preuves contre lui. En cette ère impie, le clergé et les moines du monastère de Gelati en vinrent à attendre aux abus et persécutions tous les jours. Mais le fidèle hiéromoine Euthyme persévéra dans son œuvre, réunissant des centaines d'anciennes hymnes géorgiennes pour une éventuelle publication selon la notation occidentale.

En 1924, les communistes détruisirent la cathédrale du roi David le Restaurateur à Kutaisi. Plus tard cette année, ils firent feu et tuèrent le Métropolite de Kutaisi Nazar-Gaenati et le clergé qui servait sous lui. L'hystérie atteignit son apogée. Père Euthyme envisagea de quitter le monastère de Gelati et de déplacer les manuscrits anciens avec lesquels il avait travaillé vers un endroit plus sûr. A cette époque, des milliers de voyageurs furent tués sur la route entre Kutaisi et Tbilissi, mais le Père Euthyme fut transporté en toute sécurité, lui et sa charretée de manuscrits de Kutaisi à Mtskheta, à une courte distance de Tbilissi.

Père Euthyme apporta les manuscrits à la cathédrale Svetitskhoveli pour les sauvegarder, et il fut bientôt nommé doyen de cette paroisse. Même en 1925, lorsque le Catholicos-Patriarche Ambroise (Ambrosi) fut emprisonné à Metekhi et que les menaces pour le clergé géorgien augmentèrent de manière significative, le Père Euthyme continua à fidèlement garder les anciens manuscrits. Il transcrivit la musique à partir du système de neumes médiévaux en notation du système de style européen. Dans le même temps, le Père Euthyme servit de père spirituel aux religieuses du couvent de Samtavro, situé à une courte distance de Svetitskhoveli.

En 1929 Père Euthyme fut transféré à l'extérieur du monastère de Zedazeni Mtskheta. Il emporta les manuscrits de musique ancienne avec lui dans sa nouvelle maison, cachés dans des récipients métalliques, et ils les enterra sous la terre. Six ans plus tard, en Novembre 1935, il rendit plus de trente-quatre volumes de musique contenant 5532 chants et plusieurs manuscrits théologiques au Musée d'Etat de Géorgie.

Les conditions pendant la Seconde Guerre mondiale dans les monastères géorgiens devenaientt de plus en plus sombres. L'higoumène du monastère de Zedazeni, l'archimandrite Michel (Mikael) [Mandaria], apportait de la nourriture aux moines de Sagouramo lorsque les communistes tirèrent sur lui et le tuèrent pour avoir violé le couvre-feu qu'ils avaient imposé. Le jeune moine Parthene (Aptsiauri) fut faussement accusé et arrêté. Après le repos du starez Sabbas (Saba) [Pulariani], le Père Euthyme était le seul moine restant à Zedazeni.

Les enfants spirituels de Père Euthyme, les moniales du couvent de Samtavro, s'occupaient de lui à mesure qu'il vieillissait. À l'hiver 1944, la moniale Zoïle (Dvalichvili) et plusieurs autres allèrent lui rendre visite à Zedazeni et le trouvèrent affaibli, couché dans le lit.

Après une courte période Père Euthyme rendit pacifiquement son âme au Seigneur. Père Euthyme fut enterré dans la cour du monastère de Zedazeni, près du sanctuaire de l'église.

Une partie de sa riche bibliothèque fut déplacée à Samtavro. A ce jour, plusieurs des manuscrits originaux d'hymnes qu'il transcrivit en notation de style européen y sont conservés.





L'ancienne école de chant géorgien s'est conservée jusques à ce jour, principalement en raison des travaux intrépides de l'higoumène Euthyme. Saint Euthyme (Kérésélidzé), comme saint Euthyme du Mont Athos d'après lequel il fut nommé, consacra sa vie à l'enrichissement de son Eglise mère. Comme saint Euthyme Taqaichvili, l'«homme de Dieu», il consacra ses talents et ses énergies à la préservation l'héritage spirituel unique de la Géorgie. C'était un moine ascète et un érudit qui priait avec ferveur. (Plusieurs de ses traités théologiques sont conservés à Samtavro.) Dès sa jeunesse saint Euthyme était pour les autres un exemple de virginité, d'humilité et de patience. Le 18 septembre 2003, le Saint Synode de l'Eglise Orthodoxe Géorgienne déclara Euthyme (Kérésélidzé) digne d'être compté parmi les saints. Le Synode l'appelait "Euthyme le Confesseur", reconnaissant ainsi sa confession de foi et son rôle essentiel dans la préservation de la riche tradition du chant liturgique national.

Tu as rendu le désert fertile avec les flots de tes larmes, et par tes profonds soupirs  et par tes luttes que tu as porté des fruits au centuple. Ainsi, tu es devenu une étoile de l'univers. C'est pourquoi, ô saint Père Euthyme, intercède auprès du Christ Dieu pour sauver nos âmes!


Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006
+

mercredi 1 février 2017

VÉNÉRABLE ANTOINE ( ANTON) DE MARTQOPI, le Stylite (6ème siècle)



Mémoire le 19 janvier/1 Février)

Notre saint père Antoine (Anton) de Martqopi arriva en Géorgie au 6ème siècle avec le reste des treize Pères syriens et il s'installa en Kakhétie pour prêcher l'Evangile du Christ. Il portait toujours avec lui une icône du Sauveur "non-faite-de-mains-d'homme." Antoine fit sa maison dans le désert, et des cerfs lui rendaient visite tous les soirs pour le nourrir de leur lait. Un jour, les cerfs arrivèrent plus tôt que prévu, et ils étaient suivis par un faon blessé. Clairement, quelque chose les avait effrayés.

Quand Antoine refit le chemin des animaux, il découvrit un grand seigneur, le chef d'un village voisin, qui chassait dans les champs. Étonné de voir le vieux moine avec son icône, debout au milieu d'un rassemblement de cerfs, le noble, étant païen, fut convaincu qu'il était dangereux et ordonna à ses serviteurs de l'emmener chez un forgeron et de lui couper les mains.

Antoine fut mené tout de suite chez le forgeron, mais quand l'artisan eut chauffé son épée et la mit au-dessus des mains du moine en préparation, il tomba soudainement et ses bras devinrent comme du bois.

Le forgeron intimidé devint muet, mais le bienheureux Antoine fit le signe de la croix sur lui et il fut immédiatement guéri.

Ayant entendu parler de ce miracle, le noble s'aperçut qu'Abba Antoine était vraiment saint, et il commença à le révérer. "Dis-moi ce dont tu as besoin, et je vais te le fournir," a-t-il dit à frère Antoine. Le moine demanda un seul morceau de sel, et on lui en apporta deux grands blocs. Il rompit un petit morceau et le plaça près de sa cellule pour les cerfs.

Après l'incident chez le forgeron, de nombreuses personnes commencèrent à rendre visite à Antoine, et le saint père construisit un monastère pour les fidèles. Mais avant peu, leur présence devint lourde, et frère Antoine fuit le monde au sommet d'une montagne. Là, il commença à prêcher du haut d'un pilier, où il resta les quinze dernières années de sa vie.

Quand Dieu révéla au Père. Antoine le jour de son repos, le moine stylite rassembla ses élèves, leur conféra quelques dernières paroles de sagesse, les bénit, et il mourut à genoux devant son icône bien-aimée.

Le corps de saint Antoine fut descendu de la colonne et enterré dans le monastère qu'il avait fondé, devant l'icône de la Mère de Dieu.

Saint Père Antoine, toi qui as apporté au peuple géorgien l'icône du Sauveur "non-faite-de-mains-d'homme," sauve ceux qui te prient!



Version française de Claude Lopez-Ginisty 
d'après Archpriest Zakaria Machitadze 
Lives of the Georgian Saints  
Saint Herman of Alaska Brotherhood
Platina, California, USA/2006
+